fiXience http://fixience.fr Sat, 27 Feb 2016 17:19:40 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.2.15 Prix Nobel de physique 2015 – Plongée dans le monde des particules et de l’oscillation neutrinohttp://fixience.fr/prix-nobel-de-physique-2015-plongee-dans-le-monde-des-particules-et-de-loscillation-des-neutrino/ http://fixience.fr/prix-nobel-de-physique-2015-plongee-dans-le-monde-des-particules-et-de-loscillation-des-neutrino/#comments Tue, 06 Oct 2015 15:15:43 +0000 http://fixience.fr/?p=2247 Lire la suite →]]> Takaaki Kajita et Arthur B. Mac Donald viennent de recevoir le prix Nobel 2015 pour leurs confirmations expérimentales faites respectivement en 1998 et 2002 du phénomène de l’oscillation des neutrinos. Mais qu’est-ce que ce phénomène et en quoi est-il important pour la physique et la physique des particules ?

Immersion rapide dans le monde des particules élémentaires – un monde de création perpétuelle

La physique des particules, est la science des interactions fondamentales de la nature. Elle décrit la cacophonie incessante des réactions et transformations qui animent les particules élémentaires. Ces dernières sont à envisager surtout comme les éléments de matière les plus simples et les plus fondamentaux qui soient ; plutôt que – naïvement – de par leur petite taille.

Être matière c’est « être et changer » dans le monde physique et s’y manifester, c’est le mouvement, c’est le changement, c’est le réel qui se redessine constamment. Les particules ne cessent d’incarner de tels changements, omniprésents au gré des « interactions » qu’elles vivent les unes avec les autres.

Ici, interagir c’est donner, recevoir, distribuer – en somme échanger – de l’énergie, du mouvement et d’autres quantités… cela se traduit par l’acquisition ou la perte de vitesse, l’acquisition ou la perte de masse… Mais interagir c’est aussi être sensible à la présence de l’autre ou de soit même, vouloir le transformer et ce faisant se transformer ; c’est un principe créateur. L’interaction est créatrice car elle détruit un système ancien pour en créer un neuf.

Évidemment pour interagir il faut pouvoir être sensible à la présence de l’autre et/ou de soit même. La charge électrique permet cette sensibilité par exemple. Un électron chargé négativement sera sensible à la présence un positon chargé positivement et cela conduira possiblement à une interaction entre les deux, via la force qui s’exerce entre elles. Interaction qui donnera naissance un nouveau système dans lequel masse et énergie seront redistribuées, voire même plus : quand cette interaction conduit à la destruction/création de particules, la charge aussi peut être redistribuée.

Il faut également que le neuf préexiste déjà dans l’ancien car il n’y a pas de « génération spontanée », puisque nous ne sommes pas ici en présence de phénomènes magiques, mais bel et bien physique. Il y a des « règles ».

Comme il n’y a pas de « génération spontanée » certaines grandeurs ne peuvent être changées. C’est le cas de l’énergie d’un système et aussi de la charge électrique. On redistribue mais on ne génère pas de telles grandeurs. A titre d’exemple : on peut avoir au début un électron (énergie (A) ; charge (-1)) et un positon (énergie (B) ; charge (+1)) et à la sortie un duo de photons (énergie (A+ B) ; charge (-1+1 = 0)). Le système change – parfois radicalement – mais les grandeurs fondamentales sont conservées. Ainsi va la nature, qui « par nature » semble être l’ordre dans le chaos.

Diagramme dit de Feynman représentant l'interaction d'"annihilation" d'un électron avec un positon (son antiparticule) qui génèrent 2 photons. Source wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Electron%E2%80%93positron_annihilation#/media/File:Feynman_EP_Annihilation.svg

Diagramme dit de Feynman représentant l’interaction d' »annihilation » d’un électron avec un positon (son antiparticule) qui génèrent 2 photons. Source wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Electron%E2%80%93positron_annihilation#/media/File:Feynman_EP_Annihilation.svg

Qu’en est-il alors des neutrinos et de leurs oscillations ?

Les neutrinos sont des particules assez singulières sans pour autant qu’échappent à la règle de conservation de l’énergie et de la charge (et d’autres quantités que je ne mentionne pas ici). Pour situer rapidement ce qu’est le neutrino, on peu dire qu’au même titre que l’électron se manifeste, ou vit, essentiellement grâce et par la force électromagnétique (en effet, il possède une charge électrique), le neutrino lui est une manifestation caractéristique d’une force plus englobante. il s’agit de la force electro-faible (par opposition à la force forte qui concerne, elle, d’autres particules). Notons que la force électromagnétique est un sous-phénomène de la force électrofaible, ainsi et par exemple, il existe des interactions « courantes » à la suite desquelles un électron et un neutrino sont créés conjointement… c’est le cas lors de certaines désintégrations nucléaires.

Ce qui rend le neutrino si singulier est qu’il possède une masse extrêmement faible. Mais aussi et surtout, une fois créé, la bestiole interagit très peu avec la matière ordinaire, dont font partie les électrons et les protons par exemple. Enfin, et c’est l’objet de ce prix Nobel : ils ont la particularité de changer leurs « saveur » de façon spontanée, sans interaction avec un système (dans un processus qui constitue une interaction de la particule avec elle-même, chose qui n’est par forcément « rare » dans le monde des particules).

Pourquoi ce prix Nobel ?

La « saveur » est comme la charge : une grandeur qui permet de caractériser l’état d’un système mais, comme on peut le constater ici, la nature n’a pas imposée que cette grandeur soit conservée. Ce qui est intéressant avec le neutrino c’est que contrairement à ce que l’on observe chez les autres particules, celui-ci le fait « spontanément » et sans avoir besoin d’interagir avec d’autres protagonistes.

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Le détecteur Super-Kamiokande au Japon qui a effectué la première détection d’une oscillation neutrino, en 1998.

Le terme d’« oscillation » vient de ce que le neutrino a une probabilité d’effectuer cette opération qui évolue périodiquement, lui permettant d’alterner successivement et de façon potentiellement répétée entre différentes saveurs. Et s’il y a périodicité (répétition), c’est qu’à l’instar de toutes les particules, le neutrino est une onde qui se propage, et ce faisant il survient en son sein des processus répétitifs comme les vagues qui se brisent constamment sur le rivage.

L’oscillation neutrino est un phénomène important du point de vue de la science, car le fait d’observer ce phénomène implique que le neutrino ait une masse (même faible). Or ce n’était pas chose acquise auparavant, loin de là. En effet, le modèle le plus solide dont les physiciens disposent actuellement (le modèle standard de la physique des particules) prédit plutôt une masse nulle. C’est donc un prix Nobel mérité pour Takaaki Kajita et Arthur B. Mac Donald, même si d’autres découvertes dans les autres champs disciplinaires de la physique auraient aussi bien pu en faire l’objet tant les avancées sont nombreuses et multiples dans ce domaine, allant de l’information quantique à la matière noire. Pour mémoire, le prix Nobel 2014 de physique avait été décerné aux inventeurs de la LED bleue.

Des informations complémentaires sont accessibles sur le site du Huffington Post, notamment à propos des méthodes de mesures et les détails concernant les « saveurs » mises en jeu.

Anthony Teston – fiXience

Sources : wikipédia, Huffington Post,

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Néo et le déterminismehttp://fixience.fr/science-et-croyances-neo-et-le-determinisme/ http://fixience.fr/science-et-croyances-neo-et-le-determinisme/#comments Tue, 25 Feb 2014 12:00:46 +0000 http://fixience.fr/?p=1341 Lire la suite →]]> – Wake up, Neo…
– The Matrix has you…

– Knock, knock, Neo.
The Matrix, Andy et Lana Wackowski

Néo mange, respire et dort dans un monde virtuel mais il l’ignore. Développeur informatique le jour, cyber pirate la nuit, il mène une vie anonyme et sans intérêt. Le jour où le lapin blanc frappe à sa porte il n’hésite donc pas et suit ce signe qui le mènera vers son incroyable destin. Ce destin est porté par le personnage de Morpheus dont la foi inébranlable oriente Néo. Matrix, chef-d’œuvre du cinéma de science-fiction, présente un avenir noir pour l’humanité : la terre, aride et orageuse, appartient désormais aux machines. Celles-ci, devenues intelligentes, se sont émancipées et ont pris le pouvoir sur les hommes en enfermant leurs esprits et en réduisant leurs corps en unités de production bioénergétiques. Les ingrédients de la science-fiction et de la dystopie sont réunis, mais ce n’est pas le propos essentiel du film, car dans cet enfer technologique, Néo, être élu de l’humanité, suit des petits cailloux spirituels qui l’aideront à arpenter le chemin de sa destinée ; une quête pour lui-même et pour l’humanité…

Avez-vous dit spirituel ? Destinée ? Quête ? Dans ce film le cauchemar technologique côtoie la quête spirituelle et la foi. Face à l’ordre froid des machines c’est le destin de Néo qui se dresse. Mais que dirait la science de tout cela, elle pour qui le hasard est seul à la manœuvre. Ce que Néo peut voir en fermant les yeux a-t-il une chance d’être réalité ? Ou n’est-ce que pur fantasme et vieilles croyances ? Serions-nous condamnés par la science à vivre dans un monde sans signification ? Ou est-il possible aujourd’hui de cultiver un univers de croyances en acceptant la réalité des faits scientifiques ?

Ce que Néo peut voir - Néo et le Déterminisme

Ce que Néo peut voir… dans la matrice et dans le monde réel

L’opposition entre science et croyances nous est tout à fait familière puisque dans nos sociétés occidentales, l’emprise des religions sur la pensée et la vie de chacun n’a cessé de diminuer à mesure que la science s’est développée. Dieu a laissé place à celle-ci pour satisfaire notre besoin de rationaliser le monde. Et le futur, point de mire de la destinée, a perdu ce privilège d’être celui qui oriente le monde et décide des évènements du présent. Depuis les Lumières et le développement de la science moderne, le futur a laissé la place au passé. Nos actes, et toute chose se produisant par ailleurs, sont dépendants des évènements antérieurs, ils en sont la simple conséquence. Nous sommes prisonniers d’une mécanique implacable et subissons l’enchainement des causes et des effets sans véritable prise sur notre devenir, ni de véritable choix. Pour l’être humain, comme pour Néo, la fin est aussi inéluctable qu’auparavant, mais non pas cette fois car Dieu ou le destin seuls décident, mais car personne finalement ne décide. Dans ce monde comme dans l’ancien le libre arbitre n’existe pas.

Cette vision mécaniste du monde rejette toute forme de mystique et précipite l’Homme dans le néant. Tout évènement se produit parce qu’une chose passée l’y a amené. Les phénomènes sont mécaniques. Mais ce déterminisme mécaniste – où le passé gouverne -, n’est pas la seule forme de prédétermination que l’on puisse concevoir. Comme souligné plus haut, les idées de destin ou de Dieu régisseur sont aussi des formes de déterminisme. Tout est déjà joué mais pour une autre raison : un plan qui nous dirige vers un avenir déjà écrit. C’est la conception finaliste du déterminisme – où le futur gouverne.

En supprimant la possibilité d’un monde finaliste, la science a largement contribué à l’élimination de Dieu : plus de signes ni de coïncidences, tout est hasard et contingence. L’essor fulgurant qu’elle a connu il y a plus d’un siècle, lorsqu’elle prétendait alors pouvoir tout connaître, a permis d’assoir cette conception du monde dans l’inconscient collectif occidental. Entre autres disciplines de cette époque, et avant que la mécanique quantique n’apparaisse, la physique dite classique donnait une description purement mécaniste des phénomènes : en connaissant les conditions initiales d’un système physique il était théoriquement possible de prédire l’évolution exacte de ce système dans le temps. D’autres sciences ont aussi contribué à la suppression du finalisme. L’éclosion du concept d’évolution des espèces a été, au 19e siècle, un autre moteur de ce basculement : les espèces animales et l’homme en tête de file, n’étaient plus apparus parce qu’une force supérieure l’avait désiré, mais parce qu’une succession d’évènements évolutifs, soumis à une loi de sélection naturelle, avait progressivement conduit à leur formation. Les évènements ne sont plus soumis à la réalisation d’un objectif final caché, mais à la contingence des évènements passés. Une transition s’est opérée dans la pensée qui est passée d’un monde en partie finaliste et gouverné par Dieu, vers un monde purement mécaniste et gouverné par rien ; maintenant l’homme dans son impuissance.

Mais comme il est difficile pour beaucoup de ne pas voir autre chose que l’action du hasard dans l’ordre du monde et de leurs propres vies, le mysticisme ou simplement les croyances en des forces « transcendantes » perdurent néanmoins. Les sourciers, magnétiseurs et coupeurs de feu sont toujours demandés. Le besoin de croire existe toujours, la quête spirituelle aussi… toutefois, ces réalités humaines sont mises à part dans l’ordre social, le plus souvent reléguées au rang de superstitions sans réelle incidence sur la pensée commune. Celle-ci reste gouvernée par une posture qui, se voulant profondément rationnelle, reste fidèle aux grands principes issus de la science tel que le déterminisme mécaniste et en corollaire un certain rejet de l’existence de Dieu – et plus généralement de forces transcendantes. Or ces grands principes sont issus d’une science du 19e siècle qui a pourtant beaucoup évolué, que ce soit à propos de la conception du monde qu’elle érige ou de la modestie dont elle fait preuve dans sa capacité à dire le vrai. En l’occurrence, concernant la nature déterministe et mécaniste du monde, la science actuelle, à travers l’interprétation que l’on peut en faire, est bien moins catégorique qu’il y a cent ans.

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Images issues du Human Brain Project, projet de recherche européen visant à créer une simulation du cerveau humain d’ici à l’horizon 2023. © Human Brain Project

Depuis le 19e siècle, celle-ci a en effet exploré de nouveaux territoires et revu sa copie. La recherche affronte maintenant la complexité du monde et celle aussi de l’être humain. Les sciences cognitives et neurologiques par exemple fournissent une matière foisonnante à la réflexion. Les recherches menées dans ces domaines nous mettent face à l’évidence de la nature composite des fonctions cérébrales et cognitives, questionnant au passage la nature de l’esprit. Pour chaque fonction cognitive (langage, calcul, représentation spatiale, plaisir…) on associe une aire du cerveau, des circuits neuronaux ou des neurotransmetteurs. En ce sens, l’esprit humain – comme celui de l’Animal – semble n’être qu’une image miroir du corps physique qui le supporte, à savoir un ensemble d’éléments plus ou moins distincts fonctionnant de conserve et permettant l’incroyable : esprit et perception. Sans donner de réponse, seulement des éclairages, la science ouvre de nouvelles voies à la compréhension de la conscience, de la vie, et de leurs natures profondes. Soulignons à ce propos l’existence de nouvelles de science-fiction qui explorent ces questionnements dans une précision remarquable, avec des auteurs tels que Greg Egan3,4,5 ou Jean-Jacques Girardot6.

Design-Quantique - Onde-Corpuscule

Image extraite d’une vidéo représentant un phénomène quantique réalisée par Paul Morin (« Un objet quantique », projet « Design Quantique« ). L’objet quantique est représenté par un tétraèdre nuageux pour signifier qu’il occupe une certaine portion d’espaces qui n’est pas parfaitement déterminée (probabilité de présence). Dès lors que l’on cherche à le saisir (ce que fait le physicien lors d’une mesure), il adopte une position bien définie (c’est la petite boule rouge) parmi toutes celles possibles (le triangle nuageux).

La physique quantique, plus ancienne, est un autre exemple de cette « nouvelle donne scientifique ». Cette branche de la physique qui décrit la mécanique de la matière microscopique a ouvert, au début du 20e siècle, un champ de vision plus large pour comprendre la nature. Elle nous enseigne que l’on ne peut connaitre absolument un système physique : par exemple, il est intrinsèquement impossible de connaitre à la fois la position d’un objet microscopique et sa vitesse de manière exacte. Par ailleurs, dans cette description, un système isolé se trouve simultanément dans plusieurs états (ou configurations), et seule la mesure, c’est-à-dire l’acte expérimental du scientifique qui interroge le système (pour connaitre sa vitesse, ou bien sa position…), fait tomber le système dans l’une ou l’autre des configurations. Tout ce que le physicien peut prédire c’est la probabilité que le système adopte telle ou telle configuration, sans jamais savoir à l’avance laquelle sera effectivement mesurée. On ne peut plus dire comme au 19e siècle : « en connaissant exactement les conditions initiales d’un système physique il est théoriquement possible de prédire l’évolution exacte de ce système dans le temps ». Un autre fait quantique appelé « intrication », est également intéressant : l’intrication est le fait que deux systèmes, par exemple deux photons, soient liés l’un à l’autre, même séparés par de très grandes distances ; agir sur l’un revient à agir sur l’autre sans qu’aucun signal ne transite de l’un vers l’autre. Dans le monde quantique, l’incertitude règne, et la vision déterministe solidement acquise avec le développement de la physique d’avant 20ème, en prend un coup. Tout du moins dans sa formulation la plus radicale, car si l’on ne peut prédire à tous les coups les évolutions d’un système, il est toutefois possible de connaitre avec une extrême précision les probabilités de leurs réalisations. Le déterminisme de la physique classique est donc aujourd’hui fortement nuancé et nous ne sommes plus condamnés, ni par un destin connu des seuls Dieux, ni par un passé domino préfigurant nos actions.

Alors si nous conservons le réflexe déterministe c’est probablement que celui-ci, dans l’inconscient collectif, reste fortement attaché à l’impératif de rationalité. La science, grâce à son efficacité, a imposé – à juste raison – le rationalisme comme la seule démarche valable vers la connaissance. Dans le même temps et à travers ses découvertes, cette même science a imposé la vision mécaniste du monde et éliminé au passage la possibilité d’une conception finaliste du monde – et la possibilité de l’intervention divine par la même occasion. Le déterminisme mécaniste a été profondément associé au rationalisme et nous restons bloqués dans cette vision : comme il faut être rationnel, nous ne pouvons croire ni en l’existence d’une intention sous-jacente aux évènements (une sorte de Dieu), ni en la possibilité d’exercer un libre arbitre. Il n’y a plus rien qu’un monde froid, sans vie, désenchanté par la science.

Or dans le monde microscopique quantique dont la science moderne nous donne la description c’est l’indéterminisme qui domine. Une cause engendre la possibilité de plusieurs conséquences. Plusieurs scénarios sont possibles, avec chacun une probabilité de réalisation. Rien n’est alors plus déterminé à l’avance. Ni déterminé tout court. Un choix s’opère à un moment donné parmi l’ensemble des possibles. La question qui reste en suspens est : « Qui décide ? ». Soit on peut considérer que le choix est opéré par pur hasard, ce qui correspond au formalisme mathématique brut de la mécanique quantique – qui repose sur des mathématiques de probabilités. Soit on peut considérer que quelque chose opère un choix. Sur cette possibilité, la science ne peut rien dire, si ce n’est que c’est une possibilité en laquelle nous pouvons croire si cela nous (en)chante.

Les conceptions déterministes du monde sont aujourd’hui bel et bien fragilisées ; qu’il s’agisse du finalisme divin ou du mécanisme de la physique classique. Le premier avec son plan caché nous maintenait prisonnier de ses desseins, le second nous enchaînait à la contingence des évènements passés. La possibilité du libre arbitre trouve alors un terrain favorable, sans pour autant que la mécanique quantique ne tranche la question de la prééminence du Divin ou du hasard pur. Elle semble nous dire : « Quelle que soit l’entité qui est à la manœuvre (hasard, Dieu ou force…), beaucoup de choix sont possibles, certains plus probables que d’autres… mais rien n’est absolument écrit à l’avance ».

Le déterminisme se trouvant ainsi éliminé dans son acception la plus stricte, d’autres notions plus ou moins « enchanteresses » trouvent alors une place :
– l’intervention divine – ou de forces « non-physiques » -, qui redevient possible alors qu’elle avait été éliminée en même temps que le finalisme. D’aucuns diront à juste titre que cette vision n’est pas très réjouissante pour la liberté humaine,
– le libre arbitre, qui remet l’Homme et les choses en position d’acteurs de leur devenir,
– le mélange des 2, qui est tout aussi concevable, comme une discussion permanente entre la chose en devenir et Dieu ou le monde,
– le hasard pur et intrinsèque à toute chose (personne ne décide), qui maintient un monde toujours froid et désenchanté…

Dans Matrix, le parti pris des frères Wakowski, semble être le troisième… Connecté au monde – qu’il peut voir par l’esprit – Néo comprend que Morphéus a tort : il n’y a pas de destin, pas au sens fort ; et s’il est lui-même un élu, ce n’est pas pour réaliser une prophétie (détruire les machines), mais pour opérer un choix ; choix qui sera de rétablir la paix entre les hommes et les machines.

Ainsi avec cette exemple de la mécanique quantique, nous devons bien constater que la science ré-enchante le monde, ou plus précisément nous ouvre cette possibilité. Nous parlions plus haut des sciences cognitives et neurosciences. On pourrait juger qu’à l’opposé, elles poursuivent le travail de désenchantement en réduisant l’esprit et la conscience à une mécanique que l’on peut modéliser. Mais c’est sans compter que le cerveau, support physique de l’esprit, est une construction biologique dont les fragments de base se situent à un niveau moléculaire où la physique quantique a toujours un petit mot à dire. Si nous revoyons nos conceptions sur l’esprit et la conscience, nous devons le faire sans ignorer tous les tenants et aboutissants qui sont à portée de notre connaissance. Y compris la nature quantique des constituants fondamentaux de la matière. En ce sens donc les neurosciences, peuvent-elles aussi contribuer à ré-enchanter le monde et la place du « vivant » dans celui-ci.

Malgré tout cela, la crainte de l’irrationnel continue d’entraver notre liberté et bâillonne toutes formes de croyances. Croyances qui pourraient par exemple faire intervenir des notions telles que la transmission instantanée d’informations, l’idée de « destinée », ou bien la présence de vie dans toute chose (portée par les traditions chinoises et japonaises avec le Chi – souffle vitale). En effet, si l’intrication quantique des objets microscopiques est un fait réellement constaté par la science ; si ces mêmes objets interagissent et se meuvent en suivant une probabilité de réalisation ; si ma pensée est une somme de fonctions cognitives et biologiques… Alors, d’où émerge mon esprit ? Et quid de l’âme ? Pourquoi ne pourrais-je pas concevoir la possibilité d’une transmission télépathique ? Ou penser chaque chose comme un véhicule du Chi ?..

Pour ne pas trahir, ni l’impératif de rationalité, ni la quête de sens, la société a opté pour une séparation idéologique et factuelle entre science et croyances. Chacune exerce son pouvoir indépendamment de l’autre, sans communication entre les deux. Comme Néo, nous avons 2 vies, la journée nous sommes techno-rationnels et le soir mystico-spirituels ; sans jamais pouvoir concilier ces 2 modes. Il est évident que la science n’a pas à se préoccuper des préceptes des religions, puisque par essence elle s’en tient aux faits expérimentaux. Mais les religions et les croyances doivent pouvoir trouver, avec raison, une inspiration dans ce que la science nous enseigne de la nature ? D’autant plus à une époque où cette dernière rouvre des possibilités qu’elle avait autrefois fermées. Ne faut-il pas accepter les faits scientifiques tout en osant interpréter la part d’inconnu qu’ils nous laissent ? Dans le passé, croyances et connaissances étaient souvent mêlées dans une conception du monde « vraiment » rationalisée, dans le sens de « rendu raisonnable pour l’esprit humain ». Si la terre des Grecs et autres cultures antiques se trouvait au centre du monde, c’est à la fois par le constat de l’époque que le soleil tournait autour d’elle – c’était la science de l’époque – et parce qu’on lui attribuait une place toute particulière dans l’ordre du monde spirituel. La terre était le centre du monde physique et le centre du monde spirituel. Il y avait des tentatives d’unir les croyances et les savoirs dans un tout cohérent aux yeux de l’Homme. 2000 ans plus tard, les croyances et les religions établies ne se sont pas réellement adaptées au bouleversement des connaissances apportées par la science. Elles sont restées globalement assez figées dans leurs dogmes et leurs mythologies, sans avoir su les revoir ou les ré-exprimer dans des termes en accord avec la nouvelle description de la nature.

Ce n’est peut-être pas que Dieu est mort, mais que la société a oublié comment créer ses croyances sur l’univers… et un univers de croyances. André Malraux avait dit « Le troisième millénaire sera spirituel ou ne sera pas »… on attend de voir ce qu’il en sera, et pendant ce temps Néo suit son destin, les évangélistes se croient nés de la cuisse de Jupiter et moi, je n’ose pas croire…

Écrit par : Anthony Teston


Littérature :
1 Bernard d’Espagnat, Candide et le physicien, éditions Fayard, avril 2008. Ouvrage grand-public destiné à expliciter les conséquences conceptuelles de la mécanique quantique.
2 Erwin Schrödinger, La nature et les Grecs. (1992. Seuil)
3 Greg Egan, Océanique, recueil de nouvelles, Le Bélial’ et quarante-Deux, 2009. Voir les nouvelles Mortelle Ritournelle et Poussière.
4 Greg Egan, Radieux, recueil de nouvelles, Le Bélial’ et quarante-Deux, 2007. Voir les nouvelles Rêve de transition et Des raisons d’être heureux.
5 Greg Egan, Axiomatique, recueil de nouvelles, Le Bélial’ et quarante-Deux, 2006. Voir les nouvelles Axiomatique, Le coffre-fort, En apprenant à être moi et Plus près de toi.
6 Jean-Jacques Girardot, Dédales virtuels, Imaginaires sans frontières, 2002 (n’est plus édité).
7 Article wikipédia, Finalisme, définition, conception philosophique du finalisme et histoire, finalisme et science.
8 Articles wikipédia, Théorie de l’évolution, Transformisme. Contexte et émergence de la théorie de l’évolution.
9 Articles wikipédia, Omphalos, concernant le centre du monde dans la Grèce antique.

Articles connexes :
6 Futura-Science, SEON Martial, La causalité classique remise en question par la physique quantique, Dossier, 03/07/2001

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La Ville du Futur – Retours sur le café sciences du 19 janvier 2014http://fixience.fr/la-ville-du-futur-retours-sur-le-cafe-sciences-du-19-janvier-2014/ http://fixience.fr/la-ville-du-futur-retours-sur-le-cafe-sciences-du-19-janvier-2014/#comments Tue, 28 Jan 2014 04:31:49 +0000 http://fixience.fr/?p=1588 Lire la suite →]]> Pour ce troisième café sciences organisé par fiXience, et pour lancer les débats scientifiques de l’année 2014 sous les meilleurs auspices, le rendez-vous était donné le 19 janvier autour de la thématique de La Ville du Futur. Fidèle à la volonté de l’association d’imaginer le monde de demain à l’aune d’aujourd’hui, une trentaine de personnes se sont réunies pour un échange enrichissant qui a commencé sous la forme d’un tour de table. Voici le compte-rendu de cet échange.

Une ville plus ou moins humaine ?

Dès l’entame de la discussion, volontairement laissée la plus libre et ouverte possible, les réflexions et les mots-clés fusent. Parmi les thématiques qui reviennent prioritairement, on retrouve l’idée d’une ville qui sera « plus verte » mais aussi « plus propre, plus calme » et « communicante ». Ces aspirations sont souvent corrélées à des développements technologiques qui apparaissent comme des moyens d’atteindre « une meilleure ville » aux yeux de la plupart des participants. L’augmentation continue des systèmes de communication et leur optimisation permettrait ainsi de « rendre les voitures et les moyens de transport autonomes » ou de développer « le télétravail et d’une manière générale la téléprésence, évitant ainsi de nombreux déplacements inutiles ». L’idée d’une ville « auto-étudiante », une ville qui apprendrait donc d’elle-même est également émise, ce qui, in fine, laisserait plus de temps et de place aux hommes ainsi qu’à la nature en ville.

Néanmoins les premières contradictions et des aspects plus problématiques apparaissent ; une intervenante souligne ainsi que la notion de calme est à double tranchant, puisque la confrontation, la contradiction, c’est aussi ce qui définit l’essence même de la ville. Les nouvelles technologies vont parfois dans le sens de l’individualisation, mais elles créent aussi de nouveaux besoins « d’espaces de sociabilisation » comme les espaces de « coworking » qui se développent à Paris. D’autres personnes s’interrogent : « ne risque-t-on pas de manquer de matières premières en ville ? » ou encore « la ville ne risque-t-elle pas de devenir extrêmement hiérarchisée, à l’image du Cinquième Elément ? ». Finalement va-t-on vers une ville plus ou moins humaine ?

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Des villes toujours plus denses…

Par la suite les discussions se structurent autour de la forme même des villes en lien avec leur densité. Dans Paris intra muros par exemple il y a plus de 20 000 habitants/km2, ce qui est quasiment le score le plus élevé du monde occidental. Un intervenant fait remarquer que « cela limite les possibilités d’extension des espaces verts et fait augmenter les prix du foncier » mais la question fondamentale est de savoir pourquoi les personnes se concentrent autant dans les villes… Pour certains « les gens se regroupent autour des services, si des transports ultra-rapides et ultra-efficaces existaient, les gens ne vivraient que dans des villes moyennes » alors que d’autres mettent en avant la fonction première des villes ; « aujourd’hui les villes n’ont plus de rôle défensif comme au Moyen-Age, il s’agit plutôt d’espaces d’échanges économiques et de découverte, mais les gens s’étalent aussi… ».

Il est vrai que les deux logiques co-existent : d’un côté la densité souhaitée et favorisée pour rationaliser les services et préserver les terres, et de l’autre la « ville nomade », tentaculaire, qui a sans cesse besoin d’espaces nouveaux pour s’étendre comme sur le plateau de Saclay, à une trentaine de kilomètres de Paris.

… et verticales.

La thématique de la densité pousse ensuite les participants à s’interroger sur la verticalité ; « que signifie la ville verticale ? ». Cette question est féconde puisqu’elle permet de mettre en exergue plusieurs problématiques. Pour vivre convenablement en hauteur « il faudrait pouvoir créer des jardins dans les tours, ou des serres comme sur les bateaux de croisière ». « Le problème n’est pas tellement la tour en elle-même, mais l’ombre qu’elle crée sur les quartiers alentours. Dans ce cas il faudrait des systèmes d’éclairage se substituant à la lumière naturelle, comme dans la ligne 14 du métro ». Enfin la question des tours permet de questionner une notion importante en urbanisme à savoir le risque. En effet comment faire dans une tour en cas d’incendie ? En cas de « blackout » sans ascenseur ? Les incidents récents survenus dans la tour Burj Khalifa à Dubaï, ou encore les difficultés rencontrées par la population new-yorkaise après le passage de la tempête Sandy sont pris en exemple pour montrer les limites de ce genre d’édifice.

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Le futur selon les cinéastes

Le débat est interrompu quelques minutes afin de projeter des extraits de films d’anticipation et/ou de science-fiction. Le but est de vérifier si les réalisateurs ont (ou ont eu) une vision de la ville du future similaire à celle des participants, mais également de vérifier quelle influence peut exercer le cinéma sur les idées de chacun concernant le futur urbain. Les extraits projetés sont extraits de : Metropolis de Fritz Lang (1927), Blade Runner de Ridley Scott (1982), Retour vers le Futur II de Robert Zemeckis (1989), Le Cinquième Elément de Luc Besson (1997), Minority Report de Steven Spielberg (2002), Robot de Chris Wedge (2005), Renaissance de Christian Volckman (2006), I am a legend de Francis Lawrence (2007), Wall-E d’Andrew Stanton (2008), Elysium de Neill Blomkamp (2013) et la bande-annonce du jeu vidéo SimCity, Cities of Tomorow (2013).

Ces extraits recadrent le débat sur des notions qui semblent essentielles et transversales ; d’après une participante « la ville du futur c’est avant tout le mouvement ou le déplacement, et donc le temps ; les urbanistes prennent-ils en compte ces données ?« . Cette interrogation donne l’occasion de préciser que les urbanistes tentent de plus en plus de travailler sur les temporalités au travers du rythme des villes. Le chrono-urbanisme consiste par exemple à étudier les usages temporels de la ville afin d’éviter que tout le monde ne fasse les mêmes choses au même moment afin de ne pas saturer les services. On peut ainsi décaler les horaires de certains établissements ou entreprises, et il en va de même pour la demande d’énergie. Le concept de mixité fonctionnelle est également évoqué. Celui-ci consiste à mélanger les fonctions de la ville (en opposition à la spécialisation des quartiers des années 1970). Il s’agit de partager de mélanger au maximum les espaces commerciaux, de bureaux et de logement afin d’éviter d’avoir des quartiers « monofonctionnels », on tente également de faire des rues des « espaces partagés ».

La vie des villes

Le débat s’achemine ensuite vers les notions et les valeurs que l’on peut rattacher à la ville, par opposition au monde rural suite à l’intervention d’une participante qui pense que « si les gens avaient réellement le choix de la localisation de leur travail, ils ne viendraient pas à Paris ». Pour elle « la campagne, par le fait que tout le monde se connaisse, permet de rompre l’isolement et évite ainsi des catastrophes », ce à quoi des visions plus citadines s’opposent en disant que « l’avantage de la ville c’est justement d’être anonyme, et donc plus libre, la vie dans les villages s’apparente trop souvent à de l’autosurveillance ». Cette opposition est toutefois relativisée puisque « c’est également en ville que tout le monde commente tout le monde sur twitter sans être anonyme« … d’où l’expression bien appropriée de « village global ».

La fin du débat s’oriente cependant vers une vision un peu plus pessimiste des villes, surtout à l’échelle internationale. La plupart des grandes métropoles mondiales contiennent encore d’immenses bidonvilles, qui sont parfois tout simplement rayés de la carte comme à Lagos. Il existe également un enjeu considérable dans la poursuite de l’exode rural qui concernerait encore près de 2 milliards de personnes dans les années à venir. Enfin, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les villes ne sont pas immortelles, elles semblent bel et bien pouvoir mourir comme le montre malheureusement l’exemple américain de Detroit.

Le citoyen urbaniste

En conclusion, les animateurs soulignent le caractère particulier de l’urbanisme en tant que discipline. Outre le fait qu’il s’agisse d’une discipline récente, l’on s’aperçoit que l’ensemble de la population peut intervenir, émettre un avis, un raisonnement à la même échelle que « l’expert ». DSCF5758Cela provient sans doute du fait que nous expérimentons chacun tous les jours l’espace urbain, ce qui revient à dire que chacun est un expert à sa manière. L’enjeu des villes du futur est donc plus du côté de la participation des habitants, de la façon dont ils s’empareront des questions urbanistiques, que dans la réalisation d’une image conforme à certains esprits.

Enfin de résumer de la manière la plus synthétique possible ce café sciences, il est proposé aux participants de noter les 3 mots ou expressions qui leur semblent les plus pertinent(e)s pour résumer le débat du jour concernant La Ville du Futur pour ensuite les placer par grandes thématiques au mur. Il est également demandé de pondérer leur choix par les nombres 1, 2 et 3 accolé à chaque mot ou expression afin de rendre possible la création d’un nuage de mots.

Voici l’arrangement des mots récoltés par grandes thématiques :
Fixience_motscle_thematik

Voici le nuage de mots obtenu (mots pondérés suivant leur occurrence et classement via le site www.wordle.net) :

nuage5

Laurie Loison et Benoît Danen pour l’association fiXience
Photos de Eric Fillion.

 

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Un débat sur la biologie de synthèse bien trop silencieuxhttp://fixience.fr/un-debat-sur-la-biologie-de-synthese-bien-trop-silencieux/ http://fixience.fr/un-debat-sur-la-biologie-de-synthese-bien-trop-silencieux/#comments Wed, 04 Sep 2013 19:33:50 +0000 http://fixience.fr/?p=1361 Lire la suite →]]> Le jeudi 25 avril 2013 s’est déroulée à Paris la première séance du Forum de la Biologie Synthétique, organisée par l’Observatoire de la biologie de synthèse et accueillie par le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). Peu de monde a été informé de la tenue de cette rencontre entre experts et grand public et les retombées ont été quasi inexistantes, c’est pourquoi fiXience a décidé de publier un article à ce sujet.

L’Observatoire de la Biologie de Synthèse – création

L’Observatoire de la biologie de synthèse (OBS) est créé en janvier 2012, suite à la demande du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de « suivre le développement de disciplines scientifiques émergentes et de favoriser la tenue d’un débat équilibré et argumenté au sein de la société ». L’OBS,  dont le conseil d’orientation est composé de personnalités de l’INRA, du Cnam, de l’INSERM, de Fondation Sciences Citoyennes, de l’IFRIS, de Genopole, de France Nature Environnement, du Haut Conseil de Biotechnologies… a pour objectif la mise en place d’un  dialogue en amont avec toutes les parties prenantes et tous les publics. Ne nous le cachons pas, la hantise de l’Observatoire est de voir son Forum sur la biologie de synthèse prendre la même tournure chaotique que le débat sur les nanotechnologies qui s’est tenu quelques années auparavant.

Flash-back sur les nanos

En 2009 a eu lieu le débat national sur la question très controversée des nanotechnologies, organisé cette fois par la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) sur demande du gouvernement. Si nous devions n’en retenir qu’un mot, ce serait sans conteste un fiasco ! Plus de la moitié des séances ont été annulées, en raison des perturbations tellement bruyantes que le débat ne pouvait avoir lieu. Des militants du collectif Pièce et Mains d’Oeuvre ont veillé à ce que le débat qu’ils qualifiaient « d’acceptation des nanos » ne puisse se tenir, le décrivant comme étant « la tournée de promotion des nanotechnologies ». Résultat : 3216 participants, 75 contributions, 661 questions posées et 169 717 visites sur le site Internet, largement en deçà des objectifs fixés. La CNDP a d’ailleurs reconnu que le débat  « n’a pas eu le succès escompté », et c’est peu dire.

À l’Observatoire de la Biologie de Synthèse, la pression monte !

Les chimpanzés du futurNous sommes le 25 avril 2013, la première séance du Forum sur la biologie synthétique va s’ouvrir au Cnam de Paris. « La biologie de synthèse existe-t-elle ? » est la thématique retenue pour ce premier débat, auquel sont invités Jacques Aiech (chercheur en biologie de synthèse à Strasbourg), Jean Gayon (chercheur et historien des sciences) et Jean Weissenbach (chercheur à Genopole). Parmi la centaine de participants, des lycéens sont présents, invités dans le cadre du programme Jouer à débattre mis en place par l’association L’Arbre des Connaissances – Association pour la Promotion de la Science et de la Recherche. A leur grande surprise peut-être, mais comme nous pouvions nous y attendre, un groupe d’opposants portant des masques de chimpanzés fait tourner court la discussion en brandissant une banderole « Non à la vie synthétique », distribuant des tracts, scandant des slogans et lisant une déclaration au micro… rendant quasi impossible la reprise des discussions. Pourtant celles-ci reprennent suite à la forte demande des lycéens, mais le processus sera suspendu temporairement. Le site de l’OBS l’annonce : « La première rencontre du 25 avril n’a pas pu se dérouler comme prévu, compte tenu de l’intervention d’un groupe d’opposants au débat qui ont bloqué la discussion. Cette intervention nous oblige aujourd’hui à repenser l’organisation du débat sur la forme et le fond. Afin de nous donner le temps de la réflexion, nous suspendons le Forum de la Biologie de Synthèse et vous donnons rendez-vous à l’automne 2013 pour la reprise du premier cycle de débats-conférences. »

Parole aux Chimpanzés du futur

Afin de comprendre plus en finesse les motivations qui ont poussé les chimpanzés du futur à bloquer la tenue d’un tel débat, pourtant jugé démocratique, nous vous invitons à lire leur déclaration.

« Bonjour,

Nous portons ces masques pour dénoncer la mascarade qui se déroule sous nos yeux. La mascarade de ce pseudo-débat pour nous faire accepter des décisions déjà prises.

Nous portons ces masques parce que nous sommes les chimpanzés du futur. Nous sommes ces chimpanzés – ces humains qui ne fusionneront pas avec la machine. Nous ne trafiquerons pas notre génome pour devenir plus performants. Nous refusons la vie synthétique mise au point dans les laboratoires.

Dans ce pseudo « Forum de la biologie de synthèse », vous pouvez dire tout ce que vous voulez. Cela n’a aucune importance, aucune incidence. Cela ne changera rien au développement de la biologie de synthèse. Les décisions sont prises, les programmes lancés. Pendant qu’on vous distrait avec ce spectacle, Total, Sanofi, Monsanto, l’INRA, le CEA, le Genopole fabriquent des bactéries synthétiques et des codes génétiques artificiels. Ils s’emparent du vivant et accélèrent l’épuisement de la planète.

Pour les manipulateurs d’opinion, il faut que nous participions à la mascarade. Comme ils disent : « Faire participer, c’est faire accepter ». Si nous participons à cette parodie, nous laissons croire qu’un débat démocratique a eu lieu. Nous aidons les communiquants à rôder leur argumentaire pour étouffer la contestation. Participer, c’est accepter.

Vous, chercheurs, qui prétendez délibérer sur la biologie de synthèse, vous devez vos carrières, vos revenus, votre position sociale à la recherche. Vous êtes juges et parties ; vous êtes en conflit d’intérêt ; vous devriez être les derniers à vous exprimer sur le sujet. Votre participation à ce débat est illégitime. Autant consulter les marchands d’armes sur l’opportunité de déclarer la guerre.

Nous, chimpanzés du futur, nous ne défendons aucun avantage ni privilège. Nous défendons juste la possibilité de choisir ce qui va nous arriver.

La ministre de la recherche Geneviève Fioraso vous a commandé de « désamorcer les craintes » de l’opinion. Mais nous n’avons pas peur, nous sommes en colère.

Nous n’avons ni question à vous poser, ni incertitude à lever. Notre position est déjà figée : nous n’acceptons pas.

– Nous refusons la fuite en avant technologique qui épuise les humains, les écosystèmes et la planète.

– Nous refusons vos bactéries artificielles, votre biodiversité artificielle, votre viande synthétique cultivée en laboratoire.

– Nous refusons le pillage du vivant,

– Nous refusons votre monde-machine peuplé d’aliens à l’ADN synthétique : bactéries, plantes, animaux et humains génétiquement modifiés.

– Nous refusons la destruction du monde et des hommes au nom de la guerre économique.

Nos masques servent à dire que ce forum est une mascarade ; et maintenant la mascarade est finie.

Vous, dans cette salle, rentrez chez vous. Informez-vous par vous-mêmes ; parlez avec vos proches, vos voisins, vos amis. Refusez la manipulation d’opinion et les faux débats. Rejoignez les chimpanzés du futur. Non à la vie synthétique, à la vie artificielle, à la vie morte ! Vive la vie vraie, la vie vivante : notre seule vie ! »

Les chimpanzés du futur, Paris, le 25 avril 2013.

Voir la vidéo de la première séance du Forum sur la biologie de synthèse.

Participer c'est accepter

Forum d’acceptabilité ou expérience de démocratie ?

La Fondation Sciences Citoyennes, représentée par sa présidente Catherine Bourgain, a fait le choix de participer au comité de pilotage de l’OBS, tout en appelant à la « vigilance pour que le débat soit une véritable expérience de démocratie ! » Ils déclarent sur leur site que « si nous avons décidé de participer à cet observatoire, c’est parce qu’il nous a semblé que certaines conditions étaient cette fois remplies pour que le débat ne se résume pas à une procédure d’acceptabilité de la biologie de synthèse, et qu’il pourrait valoir le coup de participer à en faire un débat réellement contradictoire et informé autrement que par les seuls défenseurs zélés du domaine. ». La Fondation Sciences Citoyennes avait d’ailleurs préconisé de ne pas inviter que des chercheurs pour la séance de lancement du débat, proposant de faire intervenir des personnalités issues d’ONG internationales qui pourraient analyser de façon critique les développements du domaine et mettre en perspective les enjeux de la biologie synthétique. Cette recommandation n’a pas été suivie et « la présentation de la controverse était réduite à une controverse interne à la communauté scientifique : la biologie de synthèse est-elle un domaine radicalement nouveau ou pas ? », question qui, il faut bien l’avouer, ne semble pas la plus pertinente pour lancer un Forum sur la Biologie de synthèse.

En publiant cet article, fiXience ne se pose pas en donneur de leçons mais essaye de faire un état des lieux succinct de la situation actuelle. Les débats science-société et les discussions citoyennes sur les enjeux scientifiques et technologiques sont des processus auxquels aucune « recette miracle » ne peut être appliquée. Les champs à mobiliser pour permettre des discussions de si grande ampleur sont nombreux et souvent contradictoires. Ce qui est certain, c’est que ces processus doivent être envisagés sur le long terme, pour donner le temps et les outils aux citoyens de penser la thématique dans sa globalité. Si la critique est facile, les solutions constructives à proposer pour permettre de véritables discussions citoyennes sont difficilement identifiables. Nous invitons donc les lecteurs à répondre eux même aux questions qu’ils se posent à coup sûr : la Fondation Sciences Citoyennes a-t-elle raison de continuer à participer à un tel débat ? L’action « coup de poing » des Chimpanzés du futur est-elle légitime ? Si non, quel recours ont-ils à disposition ? Est-ce que « Participer, c’est accepter » ? Le débat contradictoire peut-il faire émerger des scénarios soutenables ? Toutes ces questions sont d’ailleurs celles que se pose fiXience, et certainement de nombreuses associations de médiation scientifique, et auxquelles il est crucial de réfléchir en tant qu’acteur de la culture scientifique.

Écrit par : Marie Chauvier, fiXience

 

Pour approfondir

Biologie de synthèse : Vigilance requise pour que le débat soit une véritable expérience de démocratie ! par Fondation Sciences Citoyennes.

Nucléaire ou biologie de synthèse : débats impossibles ? article de Sylvestre Huet sur son blog {Sciences²}.

« Rapport sur les Enjeux de la Biologie de synthèse », présentation de Geneviève Fioraso, le 17 février 2012.

Articles en ligne de l’association VivAgora.

Où va la biologie de synthèse ? dans l’émission Terre à terre, par Ruth Stégassy, sur France Culture, 2012. Avec : Bernadette Bensaude-Vincent, Dorothée Benoît-Browaeys et Céline Lafontaine.

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Compte-rendu de la 2ème conférence : « Utérus artificiel et maternité, un enjeu de pouvoir ? »http://fixience.fr/compte-rendu-2eme-conference-uterus-artificiel/ http://fixience.fr/compte-rendu-2eme-conference-uterus-artificiel/#comments Fri, 21 Jun 2013 09:08:06 +0000 http://fixience.fr/?p=1186 Lire la suite →]]> Cette seconde conférence du cycle sur l’utérus artificiel, organisé par l’association fiXience en partenariat avec l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes, était plus particulièrement centrée sur la question du féminisme. Réunissant pour cette expérience de pensée la juriste Laurence Brunet, les philosophes spécialistes de bioéthique Marie Gaille et Mylène Botbol-Baum, autour de la journaliste scientifique Sophie Bécherel, cette seconde rencontre a rassemblé une soixantaine de personnes dans l’amphithéâtre de l’ESPCI-ParisTech. Selon la formule des conférences imaginaires, la soirée a été introduite par le spectacle de danse acrobatique Le diamant, interprété par Edouard Gameiro, Jean-Charles Garcia et Carole Solovei.

La question de l’utérus artificiel sous l’angle du droit

La venue d’un utérus artificiel, c’est-à-dire d’un dispositif permettant d’assurer le développement d’un embryon de la fécondation à la naissance, ne poserait selon L. Brunet pas de problème majeur pour le droit français. Une fois n’est pas coutume, le droit aurait en effet même un peu d’avance dans la mesure où les outils juridiques sous-tendant l’usage de l’utérus artificiel seraient les mêmes que ceux déjà existants pour les différentes techniques de procréation médicalement assistées. À savoir, la déconnexion entre la filiation juridique et la filiation biologique, la filiation étant reconnue au nom de la loi française par le seul fait de former un projet parental, c’est-à-dire de déclarer son intention d’élever l’enfant quels que soient les liens biologiques que l’on a avec lui.

Qui pourrait avoir recours à l’usage d’un utérus artificiel ? Pour L. Brunet cette question n’est pas d’ordre juridique mais politique. Le fait que des couples homosexuels ou encore des personnes seules puissent y avoir accès dépendrait ainsi selon la juriste d’un choix de société, choix faisant qu’en France une condition d’accès à la PMA est d’être un couple en âge de procréer, tandis qu’il suffit en Belgique, en Espagne ou en Angleterre d’être une femme, sans aucune condition sur sa situation conjugale. Quoi qu’il en soit de ce choix politique, la demande sociale émanerait selon L. Brunet avant tout des pères, dans la mesure où l’utérus artificiel amènerait à partager les droits traditionnellement reconnus à la femme sur l’embryon. L’utérus artificiel (ou autrement dit l’ectogenèse) renouvellerait alors considérablement les pouvoirs du père, « aujourd’hui plutôt inexistants », en apportant l’égalité des droits entre pères et mères et par là plus de codécision. La juriste rappelle alors qu’un processus de ce type a déjà eu lieu concernant les embryons congelés dits « surnuméraires » utilisés en vue d’une fécondation in vitro, ces embryons devenant propriétés non plus de la seule mère mais des deux parents. Dans la plupart des pays du monde, les embryons surnuméraires ne peuvent ainsi être utilisés qu’avec le consentement des deux parents.
L’utérus artificiel apporterait l’égalité des droits entre pères et mères.

Laurence Brunet

Si l’embryon est implanté dans un utérus artificiel dès la fécondation, il n’y aurait ainsi donc pas de problème juridique : les droits de filiation seraient transmis aux parents dès la naissance de l’enfant. Si cependant un fœtus était placé dans un utérus artificiel suite à une interruption de grossesse (que celle-ci soit volontaire dans le cas d’un avortement, ou bien involontaire dans le cas d’une fausse couche), la situation serait juridiquement plus complexe. Parce que dans le droit français un embryon est considéré comme une personne dès lors qu’il est « vivant et viable » (cette viabilité étant reconnue à partir de la 22ème semaine de grossesse), tout fœtus extrait de l’utérus d’une femme après ce délai serait une personne juridique jouissant des mêmes droits de vie que n’importe quel être humain. Dès lors, puisqu’il y aurait la possibilité technique de sauver ce fœtus en le plaçant dans un utérus artificiel, ne pas le sauver serait être passible d’un crime et tout avortement devrait être suivi d’un placement dans un utérus artificiel. Pour M. Botbol-Baum, cette situation représenterait un acte particulièrement intrusif, comparable à la pratique encore en vogue au début du siècle dernier consistant à placer les enfants issus de relations extraconjugales à l’adoption sans le consentement de leur mère. Le droit serait alors complice d’une désappropriation qui évincerait un droit essentiel des femmes. Et d’après L. Brunet, cette situation pourrait même se présenter assez rapidement, la juriste voyant en l’utérus artificiel une extension progressive des couveuses existantes, qui accueilleraient les fœtus issus de grossesses interrompues à des moments de moins en moins avancés du développement.

… sous l’angle du féminisme

Mylène Botbol-Baum

Mylène Botbol-Baum

Dans le cas des embryons surnuméraires comme dans le cas des embryons implantés dans des utérus artificiels, il y a ce que M. Botbol-Baum appelle la « délocalisation des embryons vers les laboratoires ». Or avec ce passage de l’utérus de la femme à la « boîte de Petri aux mains de l’institution extrêmement patriarcale qu’est la médecine », les femmes perdent le contrôle sur un produit de leur corps sur lequel elles ont historiquement toujours gardé une emprise. Telle est la thèse de la philosophe féministe américaine Gena Corea, que reprend dans les grandes lignes M. Botbol-Baum. En donnant aux médecins un pouvoir d’accès aux produits du corps féminin, les techniques de PMA font perdre aux femmes le seul pouvoir notable dont elles disposent dans les sociétés à domination masculine, à savoir le pouvoir de procréer.

Comme Françoise Héritier lors de la première conférence, M. Botbol-Baum défend l’idée que « le pouvoir patriarcal a toujours voulu posséder les fruits du ventre ». Ainsi dans certains pays d’Afrique enfermerait-on encore les femmes pour leur faire concevoir des enfants (dont le commerce serait uniquement géré par des hommes). Ainsi les femmes chiliennes risqueraient-elles toujours 10 ans de prison s’il leur venait l’idée d’avorter. Parce que comme les techniques de PMA l’utérus artificiel pourrait très bien servir à justifier l’oppression féminine, il est pour la philosophe française important de « ne pas avoir une vision totalement angélique », vision qui pourrait être attribuée aux féministes voyant dans l’utérus artificiel un instrument libérateur pour les femmes pour au moins deux raisons. D’une part, l’ectogenèse pourrait libérer les femmes des contraintes de la grossesse, comme aurait pu l’envisager Simone de Beauvoir qui, comme le rappelle M. Gaille, voyait en la grossesse un « désastre potentiel » pour la liberté des femmes. D’autre part, l’utérus artificiel pourrait supprimer la dissymétrie fondamentale entre les sexes quant à la procréation et ainsi favoriser un modèle égalitariste. Ce qui, pour M. Botbol-Baum, serait « certes une visée louable », mais ne prendrait pas assez en considération la signification du féminin dans nos sociétés, signification – ou fonction – qui ne saurait être réduite à la seule fonction biologique de reproduction.

Instrument libérateur pour les unes, nouvel instrument d’asservissement pour les autres, la relation des féministes à l’ectogenèse est ainsi selon M. Gaille une relation ambivalente et compliquée. Alors qu’aux Etats-Unis la tradition féministe serait plutôt partisane d’une appropriation des techniques par les femmes, la tradition européenne latine serait, selon M. Botbol-Baum, plus maternaliste en voyant la procréation comme un pouvoir que la technique viendrait retirer. Cependant, malgré la vivacité de ces débats, les questions de l’utérus artificiel et du féminisme n’ont pour M. Gaille pas d’intérêt à être associées : le recours à l’ectogenèse ne concernerait selon elle qu’une petite minorité de personnes, que cette minorité soit composée d’hommes ou de femmes et que ces femmes en fasse un usage médical ou de confort. Cette technique du futur ne permettrait ainsi en aucun cas d’améliorer ou de détériorer significativement la condition féminine. Moins que le problème des rapports hommes-femmes, le problème soulevé serait celui du pluralisme des techniques qu’une société offre ou non à ses membres : dans quelle mesure une société doit-elle aider des minorités à accéder à certaines technologies, par exemple en en remboursant l’usage par le biais de la sécurité sociale ? De telles questions nécessiteraient la mise en évidence d’« une morale provisoire redébattue collectivement ». Tout comme M. Botbol-Baum, M. Gaille met en avant l’intérêt de débats citoyens et la nécessité de démocratiser les informations ayant trait à ces technologies.
La relation des féministes à l’ectogenèse est une relation ambivalente et compliquée.

Marie Gaille

… et sous l’angle du public

Rebondissant sur cette dernière idée, un participant propose de mettre la question de l’utérus artificiel en débat public. Faisant remarquer que la conférence regroupe avant tout des « gens savants » qui ne représentent pas la société, il fait alors valoir l’intérêt de vulgariser le sujet en fournissant aux citoyens une information claire et précise, qu’il propose de regrouper en deux colonnes : « dommages redoutés » et « bénéfices attendus ». Non sans faire réagir les intervenantes, la présentation suggérée est jugée beaucoup trop simpliste sinon impossible à mettre en œuvre. La grossesse serait-elle une contrainte ou un plaisir ? Chaque branche de ce dilemme, explique S. Bécherel, pourrait se retrouver dans une colonne du tableau selon comment la grossesse a été vécue. Selon M. Gaille une limite aux débats citoyens organisés par nos institutions nationales et européennes serait en outre qu’ils ne tiennent compte que des réponses préformatées, attendues. Ce pourquoi le participant rétorque qu’il faudrait un débat public ouvert, au contraire d’une « institutionnalisation à la française » qui enfermerait le débat dans un cadre formalisé à l’avance. L. Brunet ajoute à cela le problème que dans certains débats publics (comme celui sur la recherche sur les cellules souches embryonnaires) les informations issues des citoyens ne sont pas rendues publiques, à la différence des échanges entre parlementaires.

Sur la question du pluralisme, un participant s’interroge sur l’intérêt de dépenser autant de ressources pour répondre au désir, « aussi légitime soit-il », d’une minorité. La recherche sur l’ectogenèse ne serait-elle pas un luxe dans un contexte de crise ? Selon M. Gaille, cette question n’est que celle assez classique en bioéthique de l’allocation des ressources en matière de santé, question pouvant faire intervenir plusieurs principes de justice. Ainsi en Oregon le choix a-t-il été fait de privilégier, au nom de la rentabilité économique, les maladies qui touchent le plus de personnes au détriment des maladies rares. Aussi est-il important selon M. Botbol-Baum de « distinguer la réponse du pharmaceutique et celle de l’Etat ».
La recherche sur l’utérus artificiel ne serait-elle pas un luxe dans un contexte de crise ?

Une participante se pose des questions concernant l’équilibre entre le père et la mère vis-à-vis du fait d’élever l’enfant. M. Botbol-Baum tient à lever l’ambiguïté qui pourrait naître entre le fait de porter l’enfant et le fait de l’élever : l’utérus artificiel n’implique pas le fait de renoncer à la maternité, mais à la grossesse. De même selon M. Gaille faut-il « remettre les choses en perspective ». Le modèle de la famille nucléaire n’a pas plus de 150 ans et ne s’est imposé en France qu’après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à cette époque, abandonner son enfant ou le confier à une nourrice était monnaie courante, tandis qu’il était de bon aloi dans les familles aisées d’envoyer ses enfants en internat dès leur plus jeune âge.

La mère aura-t-elle des droits de visite pour aller lire des histoires à son enfant placé en utérus artificiel ?
Dans la même veine, un autre participant s’interroge sur la façon dont la relation mère-enfant pourrait concrètement se développer avec l’ectogenèse. La mère aura-t-elle des droits de visite pour aller parler et lire des histoires à son enfant avant la naissance ? Pour M. Botbol-Baum, le cas de l’utérus artificiel ne fait sur ce point pas de différence avec le cas des couveuses actuellement existantes : les parents d’enfants prématurés peuvent venir raconter des histoires à leur enfant, leur faire écouter de la musique, etc, sans aucun problème. Un grand avantage de ces dispositifs sur la grossesse serait aussi que les pères auraient les mêmes possibilités de s’impliquer, et par là de développer ledit lien privilégié avec l’enfant.

Enfin, une participante fait part du fait que certaines études portant sur les performances psychologiques et physiques des enfants et des souris conçus par PMA auraient été interdites face à l’ampleur des résultats. D’après M. Botbol-Baum, les quelques études publiées à ce jour (faisant notamment mention d’un taux très légèrement plus élevé d’enfants autistes dans le cas des procréations médicalement assistées) comporteraient des résultats beaucoup trop peu significatifs pour être extrapolés sans danger.

Auteur : fiXience

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Quelles perspectives pour la diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle ?http://fixience.fr/audition-opecst-csti/ http://fixience.fr/audition-opecst-csti/#comments Sat, 15 Jun 2013 20:19:24 +0000 http://fixience.fr/?p=1216 Lire la suite →]]> Le jeudi 13 juin 2013 s’est tenue à l’Assemblée nationale une audition publique sur la thématique « Quelles perspectives pour la diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle ? ». Cette audition a été réalisée par l’OPECST, l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques, « né en 1983 du constat, par l’Assemblée nationale et le Sénat, qu’ils n’avaient pas toujours les moyens d’apprécier la portée de la politique et des projets gouvernementaux dans des domaines très techniques. Les deux assemblées ont donc décidé de se doter d’une délégation interparlementaire, l’OPECST, chargée d’éclairer l’action du Parlement en matière scientifique et technologique. À cette fin, l’Office recueille des informations, met en œuvre des programmes d’études et procède à des évaluations. Composé de dix-huit sénateurs et dix-huit députés, l’OPECST est présidé alternativement par un sénateur et par un député. Il est assisté par un conseil scientifique formé de personnalités choisies en raison de leurs compétences. »

L’audition publique organisée le jeudi 13 juin 2013 par Mme Maud Olivier, députée de l’Essonne, et M. Jean-Pierre Leleux, sénateur des Alpes-Maritimes, « se proposait d’analyser les enjeux de la diffusion de la CSTI et de dégager des pistes de réflexion et d’action ». La journée s’est déroulée en 5 temps forts, correspondant à 5 tables rondes dont nous allons résumer le contenu dans cet article. Afin d’alléger le résumé, nous désignerons par « CSTI » la culture scientifique, technique et industrielle.

Dans son discours introductif, Jean-Yves Le Déaut, premier vice-président de l’OPECST, a dénoncé la crise des vocations scientifiques qui touche les sociétés occidentales, en particulier chez les femmes, encore trop peu présentes dans le milieu scientifique et technique. Une des pistes qui lui semble primordiale est le renouement des jeunes avec les sciences expérimentales dès l’école primaire.

Utilité de la CSTI

Lors de la première table ronde, les invités ont tenté de répondre à la question très générale « A quoi sert la CSTI ? ». Selon Bertrand Bocquet, secrétaire de la Fondation Sciences Citoyennes, se poser la question « A quoi sert la CSTI ? » revient au même que de se poser la question « A quoi sert la culture ? ». Il serait ainsi primordial de remettre en démocratie les choix scientifiques, en renforçant l’interdisciplinarité entre les sciences, les techniques et les sciences humaines et sociales. Les initiatives telles que la science participative (ou science citoyenne) et les boutiques de science créeraient un réel engouement de la part du public et serviraient à traduire les demandes sociales en demande de recherche scientifique, ce qui permettrait de mettre le citoyen au cœur des décisions de politique scientifique. Pierre-Benoît Joly, directeur de recherche à l’INRA, dénonce les promesses technoscientifiques qui donnent selon lui des illusions, provoquent des espoirs déçus et nourrissent des discours antiscience. Etienne Klein, docteur en philosophie des sciences, directeur de recherche au CEA et membre du Conseil scientifique de l’OPECST, répond de manière concise à la question qui lui est posée : pour lui, la CSTI est un agent de cohésion sociale. Il identifie deux difficultés principales dans la mise en œuvre de la CSTI : la première est liée à la complexité des champs disciplinaires (dans son cas la physique et plus particulièrement la physique des particules) et la seconde liée au contexte actuel. Dans le public, pour le moins concerné par la CSTI, nombre de questions et remarques ont émergé. Certains proposent des actions concrètes, comme  inclure des enseignements d’initiation à la CSTI dans la formation des chercheurs, afin que ceux-ci acquièrent de bonnes pratiques et développent une réflexion sur l’importance de la CSTI. Quand d’autres déplorent le fait que « les citoyens n’ont pas les moyens de se forger un avis qu’on leur demande d’avoir », Jack Guichard, professeur des universités et ancien directeur du Palais de la Découverte répond qu’il « faut mettre dans l’esprit des citoyens que la science est avant tout une démarche, et non simplement des résultats ».

Le débat public

Les questions et réflexions du public amènent facilement sur la thématique de la deuxième table ronde : le débat public situé entre média et médiateurs.

Selon Cédric Villani, mathématicien et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, la société attend que les scientifiques s’impliquent directement dans la société. Il trouve que le terme CSTI est pervers car il laisse croire que les sciences et techniques seraient situées à part dans la culture, or la science fait partie intégrante de la culture. Dans les débats publics il y a l’idée, selon Michel Alberganti, journaliste scientifique et producteur de l’émission « Science Publique » sur France Culture, qu’il s’agit plus d’une information que l’on fait passer au public, avec l’issue du débat qui n’est pas ouverte : on se situerait plus dans l’acceptation que réellement dans la discussion… Il aimerait que soient revisitées la définition et la procédure du débat public, car la science a une véritable dimension politique, et ne se cantonne pas simplement à des connaissances.

Francis Duranthon, directeur du Muséum de Toulouse, se demande comment les citoyens pourraient participer aux débats sans même maitriser les concepts mobilisés. Il est du rôle des médiateurs scientifiques d’apporter ces outils au public afin que celui-ci puisse établir une réflexion pertinente ; il est donc primordial de favoriser l’interdisciplinarité (sciences et sciences humaines et sociales) dans les formations de ces futurs médiateurs. Florence Belaën, responsable de l’observation à l’OCIM (Office de coopération et d’information muséales) déplore d’ailleurs que dans les débats actuels, comme récemment celui sur la grippe H1N1, les médiateurs ne soient pas sollicités. Selon Lionel Larqué, directeur-adjoint des Petits Débrouillards et secrétaire exécutif de l’Alliance Sciences-Société, la culture scientifique est divisée en trois pôles bien distincts, qui n’influent pas les uns sur les autres : les lieux de production, les lieux de diffusion et les lieux de réception. Force est de constater que des canaux de diffusion de la CSTI ont été créés, et qu’en retour, les critiques se font entendre. Il insiste sur le terme critique, bien plus fort que la simple défiance. Il désignerait le public plus comme étant  consommateur que réellement acteur de CSTI. Il regrette qu’en terme de CSTI, « on diffuse la science telle qu’elle est sur les étagères, et non pas les outils mobilisés par la science. »

Démocratisation des savoirs

En début d’après-midi, les intervenants se sont demandé si la société pouvait attendre de la CSTI qu’elle crée un accès plus démocratique aux savoirs. Lorsque l’on parle de diffusion de la CSTI, il y a l’idée sous-jacente que cette diffusion s’effectue à sens unique, alors qu’il faudrait plutôt parler de « partage de la CSTI », notion qui comprend l’idée que des rétroactions sont possibles et nécessaires entre citoyens, chercheurs et médiateurs. Selon Sylvain Baby, le dispositif « Une grande école, pourquoi pas moi ? » mis en place par l’Ecole polytechnique contribue à démocratiser l’accès à cette grande école en permettant à des lycéens de ZEP (Zone d’éducation prioritaire) de parler, rencontrer, questionner les ingénieurs de Polytechnique, afin de leur faire prendre conscience que l’accès leur est aussi possible. Pierre Chirsen, président de la FNEB (Fédération nationale des étudiants en sciences exactes naturelles et techniques), constate que le doctorat est très mal vu et peu valorisé en France, surtout auprès des jeunes. Il souhaiterait que les étudiants thésards s’impliquent plus dans les débats de société. La démocratisation du savoir doit passer par l’open access, qui rendrait accessibles les informations scientifiques que l’on pourrait ensuite analyser « par nous-mêmes ». Les deux dernières intervenantes de cette table ronde ont centré leur discours sur les relations qu’entretiennent les femmes à la science. Florence Rochefort, présidente de l’Institut Emilie du Châtelet, et Véronique Slovacek-Chauveau, vice-présidente de l’association Femmes et Maths, semblent d’accord pour dire qu’une véritable action pédagogique autour des femmes, du sexe et du genre doit être mise en place, dans une optique pluridisciplinaire. Force est par exemple de constater que les enseignants du primaire se composent essentiellement de femmes, souvent réticentes aux sciences et provenant en grande majorité d’un parcours littéraire ou artistique. Une formation adéquate à ces futurs enseignants devrait donc leur être proposée afin de les réconcilier avec les sciences et qu’ils puissent éprouver autant de plaisir à enseigner les matières scientifiques que littéraires et artistiques.

CSTI et économie

La quatrième table ronde, malgré son titre presque provocateur « La CSTI au service de l’économie : une nouvelle finalité ?  », ne semble pas offenser les participants. L’économie est un champ nouveau auquel va devoir s’intégrer la CSTI. La question est ainsi posée par Michel Berson, sénateur de l’Essonne : « En quoi la CSTI peut-elle, et même doit-elle, se mettre au service de l’économie, des mutations nécessaires de notre système productif, et même au service de la stratégie économique d’un pays ? ». « La CSTI, poursuit-il, qui a pour objet de faire évoluer les rapports des citoyens aux sciences, peut en effet contribuer à l’acceptation sociale des nouvelles technologies sur lesquelles est aujourd’hui fondée la croissance économique ». Laurent Chicoineau, directeur du centre de culture scientifique, technique et industriel (CCSTI) de Grenoble, clarifie le nouveau rôle des CCSTI dans la stratégie économique nationale : il ne s’agit pas de devenir les publicitaires de l’industrie française sous couvert de CSTI, mais d’être acteurs du développement par une approche inclusive des connaissances et de l’innovation. Les CCSTI devront se transformer en « plateformes créatives, incubateurs à projets culturels, sociétaux, éducatifs et pourquoi pas à entreprises ». La médiation doit selon lui permettre la création d’un espace public social, permettant la rencontre, le dialogue, la confrontation et l’action entre divers acteurs, dont les acteurs économiques. Il s’agit pour les CCSTI d’offrir des opportunités, aux uns comme aux autres (chercheurs, industriels et citoyens), de co-construire des projets. Il insiste sur la valorisation du geste technique qui est mise en avant dans les nouveaux dispositifs comme les fablabs et livinglabs.

Fab Boot Camp 2011, Barcelone

Fab Boot Camp 2011, Barcelone

Yves Lichtenberger, directeur du programme « Emploi, égalité des chances » au Commissariat général à l’investissement, voit en la CSTI un moyen de donner envie aux jeunes de se tourner vers des carrières professionnelles scientifiques (en intégrant des BTS et Licences pro). La CSTI doit répondre à 2 missions : inculquer une « culture de faire » aux jeunes (futurs scientifiques, techniciens, ingénieurs…) et contribuer à la diversification des élites, qui sont encore trop homogènes. Gérard Pignault, directeur de l’Ecole supérieure de chimie physique et électronique de Lyon, constate que depuis le début de l’audition, aucun intervenant n’a parlé du versant industriel de la culture scientifique, technique et industrielle. La France, poursuit-il, souffre pour un certain nombre de raisons historiques de l’absence d’une véritable culture industrielle, et ceci pourrait s’expliquer par le fait que les instituteurs et professeurs ne connaissent pas le monde de l’industrie, leur formation ne les y confrontant à aucun moment. Concernant la gouvernance de la CSTI, Françoise Roure, présidente de la section « Technologies et société » au Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET), préconise d’associer plus en avant les industriels dans la définition des cheminements de la CSTI. Dans la salle, une personne fait remarquer que bien que les discussions aient été centrées sur la notion d’industrie, aucun représentant industriel ne s’est exprimé pendant cette audition publique. Michel Berson assure qu’il prendra en compte cette remarque et promet de « corriger le tir dans les réflexions qui suivront cette audition ».  Un autre participant s’étonne du titre donné à la table ronde, et affirme que si la CSTI était au service de l’économie cela signifierait aussi que la recherche aurait pour finalité le développement économique ; ce qui, pour ce participant, pourrait s’avérer dangereux puisque la recherche a pour unique vocation d’accroitre la connaissance. Le transfert vers le monde industriel ne viendrait ainsi qu’ensuite, il ne faudrait pas confondre ces deux processus en voulant n’en faire qu’un.

Gouvernance de la CSTI

Pour la cinquième et dernière table ronde, c’est la question de la gouvernance de la CSTI qui sera posée. Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France, propose de définir les priorités du dialogue science-société au niveau national puis de déléguer la mise en œuvre au niveau régional. Elle dénonce le problème majeur lié au financement des associations, et appelle à un effort national de financement. Sylvane Casademont, directrice de cabinet de la Direction générale pour la recherche et l’innovation, note l’importance des enjeux, la complexité du champ de la CSTI, la multiplicité des acteurs, la diversité des cibles à toucher et le foisonnement des actions. Elle propose une métaphore musicale, en demandant si l’on veut « gouverner la CSTI à la façon d’un chef d’orchestre classique » (où le chef d’orchestre mène la danse et ne se permet que peu de variations) ou bien « à la façon d’un orchestre de jazz », où chaque musicien aurait une grille commune de base, mais où la liberté serait ensuite donnée à chacun. Le Ministère a choisi la seconde option, choisissant de jouer le rôle d’ « Etat stratège » en se limitant à assurer la coordination et l’association de tous les acteurs de la CSTI. La gouvernance se fera donc selon 3 niveaux : au niveau territorial par les acteurs eux-mêmes, au niveau régional qui est l’échelon central qui gère la CSTI sur les territoires et répartit les financements, et enfin au niveau de l’Etat stratège, en lien avec l’Europe, qui coordonne les acteurs. Philippe Guillet, président de l’AMCSTI, Association des musées et centres pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle, établit la liste les besoins de terrain en terme de gouvernance de la CSTI : il faut valoriser les actions des structures locales, mutualiser les moyens et l’aide à la recherche de financement, établir une représentativité nationale (proche du lobbying), développer l’information et favoriser l’articulation entre le local et le national. Il ne cache pas que les organismes de CSTI ont de grosses difficultés dans leur mode de financement. Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France, invite les scientifiques à penser aux habitants où qu’ils se trouvent (milieu urbain, péri-urbain mais aussi milieu rural) et les incite à envisager le monde rural comme champ d’étude possible.

Vers des citoyens éclairés ?

Cette journée a insisté sur le fait que la CSTI fait partie intégrante de la culture. Cette position ne semble pas nouvelle puisque déjà largement partagée par la grande majorité des participants qui se sont rendus à l’audition de l’OPECST. Selon un des intervenants, il vaudrait mieux parler des cultures scientifiques, techniques et industrielles plutôt que de la CSTI, dénomination laissant croire que la science, la technique et l’industrie font une, ce qui n’est pas les cas et qui serait une erreur à penser. Patrick Baranger, président du réseau Hubert Curien de Nancy, déclare dans sa synthèse de fin de journée que le savoir nous donne un pouvoir sur le monde, tout en créant des peurs et des méfiances. Le partage du savoir nous libèrerait selon lui du despotisme et du totalitarisme et ce partage du savoir serait intrinsèquement lié à la démocratie, modèle social que nous avons choisi. Il conclue en assurant que la mission de la CSTI est de « donner aux citoyens les moyens de faire des choix éclairés » et ainsi la CSTI « devient un levier, via l’innovation, de relancer l’économie ».

Ce qui est certain, c’est que pour développer les cultures scientifiques, techniques et industrielles, des moyens financiers sont indispensables. Or en tant de crise, l’Etat se désengage de plus en plus financièrement et les organisations de CSTI doivent se tourner de plus en plus vers les structures privées, qui financent des projets sous forme de partenariat, de mécénat, de sponsoring ou sous forme d’aide en nature (en mettant notamment gratuitement à disposition des lieux, des services ou du personnel). Cette nouvelle forme de financement, qui est pourtant courante dans le monde anglo-saxon, doit nous faire nous interroger sur la dépendance que les structures de CSTI ont vis-à-vis des groupes privés, qui eux affichent clairement leurs ambitions économiques. Comme le souligne à juste titre Laurent Chicoineau, directeur du CCSTI de Grenoble, les CSTI ne doivent pas se faire « les publicitaires de l’industrie française ». Si le travail de co-construction et de réflexion entre scientifiques, citoyens, industriels et artistes est primordial et ne doit pas exclure par principe les points de vue et les attentes du milieu industriel, il faut cependant rester attentifs à la gouvernance des CSTI et aux orientations qui leur sont données, afin qu’elles ne deviennent pas une marchandise à disposition de consommateurs. La culture, et a fortiori les CSTI, doivent bel et bien rester des outils à la disposition de chacun, visant à développer réflexion, créativité et esprit critique. Néanmoins donner réellement cette possibilité d’émancipation aux citoyens pourrait s’avérer périlleux pour les institutions et industries en place, si les citoyens, une fois « éclairés », exigeaient des politiques scientifiques qui ne servent pas les intérêts des décideurs actuels. Au-delà des discours d’intention, ces décideurs sont-ils réellement prêts à en prendre le risque ?

Écrit par : Marie Chauvier, fiXience

 

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La gêne éthiquehttp://fixience.fr/la-gene-ethique/ http://fixience.fr/la-gene-ethique/#comments Sun, 19 May 2013 11:57:15 +0000 http://fixience.fr/?p=1020 Lire la suite →]]> « Le généticien est-il l’apprenti-sorcier dont il faut se méfier, ou l’Homme-Dieu dont on attend des miracles ? »
Patrice JEAN, Ethique et génétique

Film sur l'eugénisme, réalisé par Andrew Niccol, sorti en 1997.

Film sur l’eugénisme, réalisé par Andrew Niccol, sorti en 1997.

Le film Bienvenue à Gattaca2nous transporte dans un monde futuriste où l’eugénisme à grande échelle institue une inégalité sociale reposant sur une inégalité génétique. Par sélection génétique, on peut concevoir in vitro des enfants ayant les meilleures prédispositions génétiques (absence du risque de maladies génétiques). Lors des entretiens d’embauche votre ADN parle pour vous. Les employeurs recourent à des tests ADN afin de sélectionner leurs employés ; les personnes conçues de manière naturelle (par manque de moyens financiers des parents) se retrouvent alors reléguées à des tâches subalternes.

Dans The Island3 et Never let me go4 le clonage humain est carrément utilisé dans le but d’avoir une réserve d’organes.

La science ne permet pas encore de se rapprocher de ces fictions. Néanmoins des chercheurs américains viennent de créer des cellules souches embryonnaires humaines à partir de cellules de peau en recourant à une technique de clonage ! La génétique et ses applications sont fascinantes, mais peuvent aussi paraître effrayantes. Trois disciplines de la biologie sont liées et particulièrement sensibles, car leurs applications peuvent être la transformation ou la création d’êtres humains : la génétique animale, le clonage et les cellules souches.

Dolly, un clone devenu célèbre, suite aux travaux de l'équipe de Keith Campbell et Ian Wilmut.

5 juillet 1996 – naissance de Dolly, un clone devenu célèbre.

Pour François-Noël GILLY, dans Ethique et Génétique5 : « Et dans ce XXe siècle, encore sous le choc du nucléaire, « surgit la génétique », ou du moins telle est la vision publique de l’apparition de cette science des gènes, hissée au sommet de sa gloire médiatique en quelques années. L’observation de l’histoire retient pourtant que cette genèse fut très progressive ». Selon lui, un tournant médiatique a eu lieu en 1996 avec l’annonce du clonage de la brebis Dolly. Brutalement on a pris conscience des applications possibles, la réalité a rattrapé la science-fiction. Aussi les questions de Bioéthique6 ont davantage été présentes dans les médias après cet évènement.

Lois de bioéthique

En France, le 23 février 1983, a été créé le Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé. « Sa vocation est de susciter une réflexion de la part de la société sur les avancées de la connaissance scientifique dans le domaine du vivant »7. En août 2004 le comité national d’éthique a mis en place une loi sur le « crime contre l’espèce humaine » : les tentatives de clonage sont passibles de 30 ans de réclusion criminelle et d’une amende de 7,5 millions d’euros ! Pour la première fois, le droit français réprime plus sévèrement le fait de faire naître que le fait de faire mourir.

La révision des lois de bioéthique en 2011 s’est focalisée sur : les cellules souches, le diagnostic anténatal (dépistage de maladies, risque d’eugénisme), l’assistance médicale à la procréation, ainsi que les dons d’organes et de tissus. De nombreux intervenants ont été consultés, aussi bien des institutions et des organismes, que des citoyens. Mais pas de réelle révolution législative. Le généticien Axel KAHN, membre du Comité Consultatif National d’Ethique, a un « regard globalement positif sur ce nouveau texte »8, adopté par l’Assemblée Nationale en février 2011, « mais en regrette la portée limitée ». En effet des aspects importants pour l’avenir n’y sont pas abordés, comme la question de l’identité génétique. Si « le destin de chacun est déterminé par son programme génétique, alors la liberté disparaît ».

Sous la direction de Patrice JEAN

Sous la direction de Patrice JEAN

Selon Hamid AMIR, dans Ethique et génétique : « Dans nos sociétés, la liberté d’expérimenter, de créer, d’entreprendre est un credo sacré et il n’est pas facile d’admettre la nécessité d’une réglementation concernant des effets négatifs non directs ou difficiles à mettre en évidence, de technologies par ailleurs utiles. C’est la que la réflexion éthique devient nécessaire »9. Toute la difficulté réside dans ce paradoxe ! La génétique séduit, tout en inquiétant.

Dans l’ouvrage Bioéthique et liberté, la préface de Philippe PETIT10permet de rebondir sur le paradoxe : « A trop faire la part belle à l’inquiétude on en vient à jauger les découvertes avant même qu’elles se réalisent. Et on s’interdit de renouveler notre vision des valeurs humaines. Tel est le véritable enjeu de la révolution biologique. Elle nous contraint de revoir notre système de valeurs et nous oblige à redéfinir le statut de la technique et de la connaissance. » Mais y sommes-nous prêts, comment une telle décision peut-elle être prise et par qui ? Aussi la difficulté est de savoir : « quelle est la part qui revient à la science, et quelle est la part qui revient à la philosophie ou à la morale ? » Philippe PETIT affirme que « la biologie étudie le comment de la vie, elle ne doit pas se prononcer sur le pourquoi ».

Les questions soulevées par la bioéthique concernent les applications possibles ou potentielles. En voici la liste pour Hamid AMIR11 :

  • l’« exploitation abusive de la connaissance des gènes humains » : elle peut  causer de nouvelles inégalités. Par exemple les assureurs pourraient adapter leurs tarifs en fonction des prédispositions génétiques à certaines maladies.
  • les « risques liés aux manipulations génétiques sur des êtres vivants » : risque d’eugénisme (amélioration de l’humain) et accentuation du fossé entre riches et pauvres.
  • les « problèmes liés au clonage des êtres vivants » : d’animaux pour raisons commerciales et de l’Homme.

 

Ces questions restent sujettes à controverse. Pour autant elles sont indispensables à toute démarche de recherche car, comme le dit l’adage humaniste : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Écrit par : Halima Hadi, fiXience


Sources des citations :

1 JEAN Patrice, Ethique et génétique : actes du colloque de Nouméa du 25 juillet 1997, édition L’Harmattan, Paris, 2000, page 48
2 Film réalisé par Andrew Niccol, sorti en 1997.
3 Film réalisé par Michael Bay, sorti en 2005.
4 Film réalisé par Mark Romanek, sorti en 2010.
5 GILLY François-Noël, Ethique et génétique, page 81
6 La bioéthique, d’après Le Petit Robert 2011[6], est un néologisme de 1982, à partir de bio- et éthique, qui désigne une « discipline étudiant les problèmes moraux soulevés par la recherche biologique, médicale ou génétique. »
7 Site internet du Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé
8 Site Liberation.fr, Axel Kahn : le projet de loi sur la bioéthique « fait l’impasse sur de vraies questions « , 8 février 2011
9 JEAN Patrice, Ethique et génétique : actes du colloque de Nouméa du 25 juillet 1997, pages 95-96
10 KAHN Axel et LECOURT Dominique, Bioéthique et liberté, entretien réalisé par Christian Godin, pages 7 et 9-10
11 JEAN Patrice, Ethique et génétique : actes du colloque de Nouméa du 25 juillet 1997, pages 102-108
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Compte-rendu de la 1ère conférence sur l’utérus artificiel : « Entre obstacles techniques et verrous symboliques »http://fixience.fr/compte-rendu-1ere-conference-uterus-artificiel/ http://fixience.fr/compte-rendu-1ere-conference-uterus-artificiel/#comments Thu, 09 May 2013 17:19:20 +0000 http://fixience.fr/?p=724 Lire la suite →]]> Mardi 16 avril 2013 s’est tenue la première conférence de ce cycle sur l’utérus artificiel autour de l’intitulé « Entre obstacles techniques et verrous symboliques ».  Etaient réunis autour de Sophie Bécherel, journaliste scientifique, le biologiste et philosophe des sciences Henri Atlan, le médecin obstétricien « père » du premier bébé éprouvette français René Frydman, ainsi que l’anthropologue et ethnologue Françoise Héritier. Cette première rencontre organisée par l’association fiXience, en partenariat avec l’Espace des sciences Pierre-Gilles de Gennes à l’ESPCI ParisTech, s’est tenue dans une salle comble d’environ 150 personnes. Prenant la forme d’une conférence imaginaire, la soirée a été introduite par une pièce de théâtre écrite pour l’occasion par la troupe L’Art en Pièces.

Abordant dès la première intervention la question des obstacles techniques, Henri Atlan annonce d’emblée que la mise au point d’un utérus artificiel ne pose pas d’« impossibilité biologique fondamentale ». La venue d’un tel dispositif n’est selon lui qu’une question de temps, de l’ordre de 50 à 100 ans si la société en veut bien, ce délai dépendant, en définitive, d’un choix de société qui en régira l’utilisation. Pour H. Atlan comme pour René Frydman, le principal défi technique consiste à reproduire les fonctions du placenta. Le second scientifique est cependant plus « dubitatif ». S’il cite les recherches qui ont permis de développer des utérus artificiels pour sauver certaines espèces de requins en voie d’extinction, le médecin obstétricien souligne néanmoins l’importance des échanges non seulement chimiques mais aussi humains entre le fœtus et la mère, comme cela est parfois mis en évidence dans le cas des grands prématurés. Les soins délivrés à ces nouveaux-nés incluent d’ailleurs les relations maternelles affectives qui sont simulées par le personnel médical, de la même façon que l’amour maternel est parfois pris en charge aux Etats-Unis par des « démarreuses », ces femmes qui, explique Françoise Héritier, sont payées par des couples homosexuels masculins afin de prendre le relais des mères porteuses biologiques. N’excluant pas le fait que le développement prénatal humain puisse avoir des conséquences d’ordre psychologique sur l’enfant, H. Atlan cherche toutefois à nuancer. D’une part ces expériences sur les grands prématurés montrent qu’être placé dans une couveuse, y compris au moment où les rapports foeto-maternels sont les plus importants, n’a pas d’incidence sur le développement physiologique du fœtus. D’autre part il convient de rappeler que ce lien maternel n’est pas toujours bénéfique, qu’il s’agisse des mères tabagiques, alcooliques, toxicomanes, ou qui plus généralement ne suivent pas un régime adéquat.

D’après R. Frydman, avec l’utérus artificiel se repose comme avec la génétique la question de la parentalité : un enfant est-il notre enfant parce qu’il possède nos gènes ou parce que nous l’élevons ? Avec les différentes techniques de procréation médicalement assistée, on assiste à la multiplication des différents types de pères et de mères : on peut d’ores et déjà distinguer les mères et les pères génétiques, les mères porteuses, les mères et les pères adoptifs – sans compter les « mères et les pères spirituels »… D’après F. Héritier, l’utérus artificiel implique aussi la possibilité que ce soit tantôt l’homme, tantôt la femme qui conçoive l’enfant. Le principal changement dans les structures sociétales concernerait en ce sens les relations hommes-femmes, et pourrait consister en une amélioration notable de la condition féminine. Sur ce point cependant, l’anthropologue émet de nombreuses réserves. Les femmes, au cours de l’histoire, ont toujours payé le prix de la reproduction sociale, que ce soit au sein de leur corps comme au sein de leur métier. Dans l’imaginaire de très nombreuses sociétés, les femmes sont vues comme des récipients (des marmites dans diverses cultures africaines, des vases sacrés d’après la pensée chrétienne) mis à la disposition des hommes pour qu’ils fassent des enfants. Force est de constater, poursuit-elle, que dominent encore presque partout les représentations du sexe masculin, comme ces deux éternelles revendications masculines que sont le choix du sexe de l’enfant (un garçon pour un grand nombre de sociétés) et la connaissance certaine du père (les hommes détestant généralement l’infidélité). L’utérus artificiel, puisqu’il permettrait de réaliser ces fantasmes masculins présents depuis au moins l’Antiquité, pourrait donc très bien servir à renforcer la domination masculine. A la question de l’émancipation des femmes par le biais de l’ectogenèse (soit de l’utérus artificiel), F. Héritier ne se voit ainsi apporter qu’« une réponse ambiguë ».
L’utérus artificiel pourrait très bien servir à renforcer le patriarcat, en permettant de réaliser les deux revendications masculines que sont le choix du sexe de l’enfant et la connaissance du père.

Françoise Héritier

Rappelant que les argumentaires des féministes vont sur ce point dans les deux sens, H. Atlan précise que le choix du sexe comme la connaissance de la paternité existent déjà avec la procréation médicalement assistée (même si, en France, le sexing comme on l’appelle outre-Atlantique est interdit). Selon l’auteur de L’utérus artificiel, l’ectogenèse apporte une égalité de plus entre hommes et femmes, qui est l’égalité face au fait de porter l’enfant. Que cette égalité aille dans le sens des femmes ou leur nuise, H. Atlan conteste l’exemple pris par F. Héritier suivant lequel les femmes continuent à s’occuper du linge même après l’invention de la machine à laver : le lave-linge est pour lui « quand même » un facteur de libération pour les femmes, même si pour elle le « grand facteur de libération pour les femmes au 20ème siècle » est la contraception (interdite dans tous les pays où les femmes ne peuvent pas choisir leur conjoint). Conformément à son analyse l’anthropologue se livre au pronostic suivant : la première revendication qui suivra l’utérus artificiel sera celle du choix du sexe de l’enfant.

Parce qu’ils adoptent une position beaucoup plus sceptique que celle d’H. Atlan (qui, répète-t-il au fil de ses interventions, n’est pas un défenseur de l’utérus artificiel même s’il se « retrouve toujours dans les débats à faire l’avocat du diable »), F. Héritier et R. Frydman mettent en avant des alternatives. Plutôt qu’un utérus artificiel, pourquoi ne pas chercher à mettre au point des grossesses extra-utérines, c’est-à-dire hors de l’utérus dans des zones vascularisées comme les testicules ? Plus sérieusement, R. Frydman évoque les recherches en cours qui ont permis de greffer un utérus à une femme qui est actuellement enceinte de trois semaines, recherches qui, pour H. Atlan, ne sont pas moins soumises à de sérieux obstacles techniques (liés au rejet de la greffe comme à celui du fœtus) et moraux (posant les problèmes de l’expérimentation sur les fœtus humains). Pour R. Frydman, l’impossibilité de porter un enfant doit aussi amener à s’interroger sur le désir d’enfant à tout prix, de même qu’à la revendication féministe d’« un enfant quand je veux » doivent selon lui se substituer les revendications politiques permettant de faire cesser la peur de perdre son travail suite à un congé maternité ou de faciliter l’accès aux crèches. F. Héritier propose quant à elle de mettre en avant l’idée de comptabiliser le travail domestique des femmes dans le P.I.B, idée qui s’inscrirait dans une « volonté globale éducative ». Avant l’arrivée de l’ectogenèse, il faut d’abord changer les mentalités. « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs », avertit-elle.

Plutôt qu’un utérus artificiel, pourquoi ne pas chercher à mettre au point des grossesses extra-utérines dans… les testicules ?

René Frydman

Au-delà de ces différents obstacles techniques et moraux, l’utérus artificiel répond-il à une demande des femmes et des couples ? Pour R. Frydman, il y a peu de chance que l’ectogenèse remplace définitivement la grossesse traditionnelle, étant donné selon lui le grand plaisir apporté par la grossesse, comme en témoigne l’exemple de certaines de ses patientes désirant vivre l’état de grossesse sans nécessairement vouloir d’enfant. Par ailleurs, le médecin ne voit pas dans l’utilisation de l’utérus artificiel la fin de toutes les contraintes, soulignant l’incommodité qu’il y aurait à « caresser le bébé dans l‘eau du bain pendant 9 mois ». H. Atlan met pour sa part en avant le désir médical de pallier l’infertilité, infertilité contre laquelle toutes les sociétés ont cherché à lutter comme le rappelle F. Héritier, qui cite une anecdote rapportée par Cicéron il y a plus de 2000 ans faisant mention du « prêt » d’un utérus d’une femme à un couple dont la femme ne pouvait avoir d’enfant. A cette demande médicale suivra très probablement, selon H. Atlan, une demande non médicale de confort, provenant de femmes ne voulant pas subir les contraintes d’une grossesse.

questions public

Aux propos des intervenants font écho les interrogations du public. Au risque de chosification des enfants soulevé par R. Frydman, un participant se demande si une dérive de l’utérus artificiel ne serait pas de créer des bébés comme on crée et jette un tamagotchi. Selon H. Atlan et F. Héritier, ce risque existe bel et bien déjà avec la multiplication des différents types de pères et de mères (amenant à de plus en plus « diluer » la responsabilité des parents) et en particulier avec la gestation pour autrui (lorsque l’enfant ne correspond pas au désir des parents qui ont « passé la commande »). Un intervenant s’interroge sur la possibilité qu’un enfant naisse de deux femmes, en stimulant un ovule pour qu’il devienne spermatozoïde. D’après H. Atlan, une telle possibilité est concevable techniquement (et existerait déjà pour les souris) mais pose la question de la motivation : comme le clonage reproductif, une telle technique n’aurait que peu d’avantage, y compris en termes de sélection naturelle puisque, comme le rappelle F. Héritier, la reproduction sexuée est apparue beaucoup plus avantageuse pour la survie des espèces que la reproduction asexuée. Selon l’anthropologue, l’échange avec l’Autre est une nécessité pour l’Homme, comme l’auraient bien compris les sociétés primitives en introduisant les interdictions de l’inceste et de l’endogamie. Pour R. Frydman, ce cas de figure pose également le problème de la disomie uniparentale, une maladie liée au fait que les deux chromosomes de l’individu proviennent d’un seul des parents. (Il est à noter, cependant, que la question semble avoir été mal comprise par les intervenants. Ce n’est pas d’une même femme que les deux ovules sont dits être prélevés, mais de deux femmes et donc de deux patrimoines génétiques différents ; ce qui ne poserait pas les problèmes évoqués.)

Comme pour toute technique, l’utilisation de l’utérus artificiel est déterminée par le milieu social dans lequel elle s’inscrit.

Henri Atlan

Ayant fait partager le contenu de certaines interventions sur Twitter, une participante relaie la question d’un utilisateur se demandant pourquoi, d’après H. Atlan, la question de l’utérus artificiel est indépendante de la situation décrite dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Pour H. Atlan, l’utilisation de l’ectogenèse est, comme toute technique, déterminée par le milieu social dans lequel elle s’inscrit. Afin d’éviter d’associer à cette technique les fantasmes qui lui sont couramment attachés par les films de science-fiction, il suffirait, explique-t-il, d’imaginer un couple traditionnel voulant avoir un enfant que la mère ne peut ou ne veut pas porter. F. Héritier poursuit le raisonnement en précisant qu’un système comparable à celui décrit dans le livre d’Huxley existe depuis longtemps avec le système de castes indien. Dans la même veine, un participant pose le danger de la recherche d’un homme parfait. Or selon H. Atlan, l’utérus artificiel aura au moins l’avantage d’apporter de la transparence au niveau du développement. Une dernière participante se demande si l’ectogenèse ne risque pas de détruire la magie ou le « miracle de la vie ». Pour l’auteur de L’utérus artificiel, le fait que l’on soit tous des « machines physico-chimiques » n’empêche pas qu’il y ait une certaine magie de la vie. Mieux vaut la recherche scientifique que de « rester béat ».

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L’utérus artificiel : État des lieux et enjeuxhttp://fixience.fr/luterus-artificiel-etat-des-lieux-et-enjeux/ http://fixience.fr/luterus-artificiel-etat-des-lieux-et-enjeux/#comments Sun, 17 Mar 2013 12:58:54 +0000 http://fixience.fr/?p=562 Lire la suite →]]> le meilleur des mondesL’utérus artificiel, c’est cette technique qui permettrait de faire se développer des embryons humains entièrement hors du corps des femmes, depuis la fécondation jusqu’à la naissance. Ce sujet n’est pas nouveau puisque déjà en 1923, John B.S Haldane, généticien anglais, inventait le terme d’« ectogenèse ». Il ne voyait pas cette théorie comme une fiction, mais bel et bien comme un ensemble de prédictions sur l’ensemble des sciences et des techniques et particulièrement sur les sciences du vivant. Aldous Huxley, quelques années plus tard, publie Le meilleur des mondes, roman d’anticipation dystopique dans lequel il est question d’une société dans laquelle l’ectogenèse serait la normalité et constituerait un programme de conditionnement social au service d’un régime totalitaire mondial doux. Dans cette société, les notions de famille, de père et de mère ont complètement disparu, et la sexualité, source de plaisir, est complètement dissociée de la procréation. Il est clair que les performances techniques ayant permis l’avènement de l’ectogenèse sont soutenues par des modifications sociales allant dans le même sens.

uterus_artificielC’est plus récemment, en 2005, qu’Henri Atlan, scientifique et philosophe des sciences, publie L’utérus artificiel. Cet utérus artificiel est une expérience de pensée, une semi-fiction, qui n’a absolument pas pour but de prédire ou de décrire notre future société, mais plutôt de nous faire réfléchir aux éventualités possibles. Au-delà des performances techniques scientifiques à mettre en place pour réaliser un jour un véritable utérus artificiel, Henri Atlan décide de s’intéresser aux problèmes et aux avantages soulevés par cette expérience de pensée. Il est selon lui important de commencer à réfléchir à ces problèmes d’ordres éthiques et sociaux, car il se pourrait que l’utérus artificiel arrive plus rapidement que nous pouvons le penser, et alors il sera trop tard pour se pencher sur la question.

L’état des lieux scientifique et technique

Concernant le strict point de vue scientifique, on peut dire que les tentatives ont pour l’instant été peu nombreuses et ont montré l’ampleur des difficultés à surmonter avant d’arriver à créer un utérus artificiel capable de gérer entièrement une gestation extracorporelle. En 2002, à l’université de Cornell aux États-Unis, Helen Hung Ching Liu et son équipe ont tenté de reproduire l’implantation d’embryons humains dans une ébauche d’utérus artificiel avec apport d’éléments nutritifs et d’hormones. Ceux-ci ont bien accroché et ont commencé à se développer, mais leur développement a été interrompu volontairement au bout de six jours. Le défi, du moins pour les scientifiques, est de mettre au point un incubateur qui assurerait toutes les fonctions normales de l’utérus, du placenta et de l’organisme maternel dans son ensemble. Il semble que le placenta soit l’élément le plus difficile à reconstituer, car il change perpétuellement de composition au fil de la grossesse. Cependant, du côté strictement scientifique, on ne touche à rien du point de vue fondamental en biologie du développement, Henri Atlan comparant même cela, en forçant le trait, à un « problème de tuyauterie très compliqué »1 !

En l’état actuel des avancées techniques, les équipes médicales sont capables de maintenir des embryons à l’extérieur du corps de la femme jusqu’au cinquième jour, ou à partir de la vingt-quatrième semaine – soit du sixième mois – s’agissant de bébés prématurés. Une ectogenèse complète reviendrait à combler cet écart d’environ six mois. Selon Henri Atlan, les avancées biotechnologiques laissent penser que l’utérus artificiel pourrait voir le jour dans un délai qu’on peut estimer entre cinquante et cent ans. Catherine Vidal, neurophysiologiste à l’Institut Pasteur, semble quant à elle plus sceptique concernant l’imminence d’un tel dispositif technique : « l’ectogenèse est une perspective totalement fantasmatique. Les biologistes ne savent même pas reproduire le cocktail hormonal empêchant la survenue d’une ménopause précoce. Reproduire un utérus complet ? Impensable ! Recréer les conditions physiologiques incroyablement complexes d’une gestation normale ? Non, cela dépasse l’entendement. Seul un cerveau humain serait capable de gérer ces régulations. »2. Il est clair que pour les différentes communautés scientifiques, philosophiques et éthiques, les positions quant à la perspective d’une future ectogenèse sont très hétérogènes.

Une ectogenèse pourrait avoir lieu de deux façons différentes. Selon la première méthode, un ovule de la mère pourrait être prélevé lors d’une petite intervention médicale et serait fécondé in vitro par un spermatozoïde du père, et ensuite l’amas cellulaire pourrait être implanté directement dans l’utérus artificiel. Selon la deuxième méthode, on pourrait imaginer transférer un noyau somatique, c’est-à-dire provenant d’une cellule non sexuelle, dans un ovule énucléé, c’est-à-dire dépourvu de son noyau, puis implanter l’amas cellulaire dans l’utérus artificiel. La technique utilisée ici est alors appelée clonage. Ces techniques soulèvent la question de savoir à partir de quand un gamète devient un embryon. Jusque-là, la réponse était simple : à partir de la fécondation. Seulement dans le deuxième cas, il n’y a pas de fécondation. Dans le cas de l’ectogenèse, la réponse semblerait plutôt être : un gamète devient un embryon quand l’amas cellulaire est implanté avec succès dans l’utérus. Ce n’est qu’après coup, et malgré l’absence de fécondation, que l’on pourrait parler d’embryon. On peut alors imaginer de nouveaux termes pour qualifier ces amas cellulaires, tels « pré-embryons » ou « potentialités d’embryons », cette dernière notion étant plus abstraite. L’ectogenèse permettrait ainside se passer du corps d’une femme en transférant directement ces « pré-embryons » dans des utérus artificiels.

Les enjeux de l’utérus artificiel

Les premières justifications en faveur de l’utérus artificiel seraient probablement médicales, dans le but de permettre à des femmes sans utérus de procréer ou bien d’empêcher certains effets nocifs sur l’embryon, notamment chez les femmes enceintes qui prennent de l’alcool, qui fument ou qui suivent tout simplement des régimes alimentaires inadéquats. Pourtant, il ne fait nul doute qu’une demande se développera très vite de la part de femmes désireuses de procréer tout en s’épargnant les contraintes de la grossesse. Il ne s’agira pas là d’une volonté d’enfant à tout prix comme dans le cas des procréations médicalement assistées (PMA), et de ce point de vue, les enjeux de l’utérus artificiel doivent être rapprochés de ceux de la pilule contraceptive et de la libération de l’avortement, et non pas de ceux des PMA. Ce n’est pas un « droit à l’enfant » qui sera invoqué, mais le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Si l’on se place du point de vue particulier des femmes, qui représentent pour l’instant le corps de la gestation en charge de la reproduction sociale, l’enjeu social de l’utérus artificiel est l’égalité des sexes, celle-ci ayant déjà commencé avec l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement.

utérus artificiel
Dessin de Tesson illustrateur

La condition féminine

Avec les techniques de contraception, qui ont fait l’objet de nombreuses luttes, la sexualité s’est vue dissociée de la procréation. Par la suite, c’est avec les techniques de PMA que la procréation s’est vue séparée de la sexualité. Mais avec l’utérus artificiel, un nouveau pas sera franchi : la procréation sera dissociée de la grossesse. L’ectogenèse réunira deux caractères dont les finalités sont aujourd’hui opposées : faire naître un enfant et prévenir les grossesses. L’utérus artificiel sera une technique de PMA, mais sa motivation sera le plus souvent d’éviter aux femmes les servitudes d’une grossesse. L’utérus artificiel, au vingt-et-unième siècle, s’inscrira dans la suite de l’évolution commencée au vingtième siècle vers une séparation toujours plus grande entre sexualité et procréation. On peut alors penser que l’utérus artificiel achèvera la libération sociale des femmes en les rendant égales aux hommes devant les contraintes physiologiques liées à la procréation.

Cependant, il n’est pas du tout évident de synthétiser la pensée des femmes à propos de l’utérus artificiel, car d’ores et déjà différents courants féministes (courant identitaire, courant différentialiste, courant matérialiste, etc.) opposent leurs revendications. Le seul dénominateur commun que ces courants possèdent est la revendication des femmes à disposer de leur corps, ce qui ne signifie pas que toutes les femmes considèrent l’utilisation de l’utérus artificiel comme libérateur, bien au contraire parfois. Gena Corea, dans son livre The Mother Machine publié en 1985 aux Etats-Unis, dénonce les technologies de la reproduction en tant que nouveau moyen d’appropriation du corps des femmes par le pouvoir masculin des « pharmacrates ». Ainsi se demande-t-elle si libérées des contraintes physiologiques, les femmes ne risqueraient pas de devoir renoncer à leur « pouvoir maternel ». De plus, certaines femmes, loin de voir dans la grossesse et l’accouchement une quelconque servitude, y voient au contraire une bénédiction et un bonheur exceptionnel, un privilège même par rapport à celles et ceux qui n’en font pas l’expérience.

Si l’utérus artificiel était justifié par des raisons médicales, très vite la gestation extracorporelle pourrait devenir la norme. La gestation intracorporelle resterait le résultat de choix idéologiques, affectifs et esthétiques de femmes désireuses de faire l’expérience de la grossesse dans leur corps. Il est alors légitime de se demander si l’avènement de l’utérus artificiel bouleverserait nos relations familiales. L’absence de relations « normales » entre la mère et l’enfant durant la grossesse aurait-elle des répercutions sur le développement du futur enfant ? Le sentiment maternel s’effacerait-t-il au fil du temps ? Finalement, la maternité dans le cas d’une ectogenèse deviendrait très proche de la paternité actuelle. Comme la paternité, la maternité devrait être construite. Et la différence des sexes dans la procréation et la filiation pourrait disparaître en tant que donnée de la nature.

Écrit par : Marie Chauvier, fiXience

Sources:
1 Henri Atlan dans L’utérus artificiel, Editions du Seuil, Paris, 2005, p.37.
2 Sollicitée par Catherine David dans « La machine à bébés », Le Nouvel Observateur du 7 avril 2005.

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Naquadah versus Graphènehttp://fixience.fr/naquadah-versus-graphene/ http://fixience.fr/naquadah-versus-graphene/#comments Tue, 05 Mar 2013 00:43:07 +0000 http://fixience.fr/wordpress2/?p=358 Lire la suite →]]> Le Naquadah de Stargate, la Carbonite de Starwars, l’Adamantium de X-men, ou encore la Noëlite dans Le voyageur imprudent
Nombreux sont les auteurs de fictions à imaginer des substances quasi-miraculeuses, pour donner vie à leurs univers technologiques ou fantastiques. Bien que l’humanité rêve de disposer un jour de telles substances, comment ne pas voir dans le Naquadah ou l’Adamantium de purs matériaux impossibles ?

Et pourtant, si aucune trouvaille ne se fait sur quelque planète lointaine il se peut fort qu’il en mûrisse dans les labos de nos éminents chercheurs. Les éléments chimiques, les atomes, n’existent qu’en nombre fini, mais nous pouvons composer à l’aide de ces briques élémentaires autant de molécules que la chimie nous le permet. Pourtant jusqu’ici, pas de recette miracle, pas de super composé sorti des chaudrons ?

La science on le sait, n’a pas dit son dernier mot et nous surprend toujours par sa capacité à dépasser ses propres frontières. Non contente d’avoir appris à synthétiser une immense variété de molécules, elle passe aujourd’hui au niveau supérieur, et se dirige vers des techniques permettant de maitriser jusqu’à la disposition spatiale des atomes dans la matière pour inventer ce que la nature ne propose pas. A ces échelles quantiques les propriétés atomiques – par l’intermède des électrons – s’additionnent, se soustraient, en somme se combinent en synergies particulièrement efficaces. Rien de nouveau sous le soleil de la physique me direz-vous, à ceci-près que nous passons du statut de simple observateur à celui de maître dans l’art de bâtir la matière.

La science se dirige vers des techniques permettant de maitriser jusqu’à la disposition spatiale des atomes dans la matière pour inventer ce que la nature ne propose pas.

Alors, choisissant bien la composition et la géométrie de ces constructions atomiques, une synergie « mini » se déploie à l’échelle « maxi ». Voilà qui peut donner à ces matériaux les propriétés les plus adaptées à nos ambitions technologiques. Les scientifiques en herbe auront saisi que nous évoluons ici dans l’univers des nano-sciences.

De la fiction à la réalité

Les super matériaux existent peut-être déjà, tout du moins à l’état d’échantillon de laboratoire et le graphène en est le meilleur exemple. Il a été isolé pour la première fois en 2004 par Andre Geim, qui a reçu pour cette découverte le prix Nobel de physique en 2010 avec Konstantin Novoselov. Autant dire que c’était hier et pourtant ce composé est déjà le fleuron de cette quête vers une nouvelle génération de matériaux.

Cette fine monocouche d’atomes de carbone ne cesse d’alimenter les espoirs tant elle possède de qualités aussi remarquables que diverses. C’est un matériau remarquablement résistant, souple, très conducteur, transparent et très bon conducteur thermique.

Feuille de graphène à l'échelle moléculaire © Alexander Alus

Feuille de graphène à l’échelle moléculaire © Alexander Alus

On lui prédit un avenir lumineux pour la fabrication d’écrans souples, et déjà les fabricants se sont lancés dans la course. De quoi mettre au placard votre tablette dernier-cri. Sa conductivité exceptionnelle et son caractère potentiellement semi-conducteur le destinent à remplacer le silicium des puces électroniques et autres composants avec cette faculté supplémentaire de dissiper très bien la chaleur, limite bien connue des processeurs actuels.

200 fois plus résistant que l’acier et six fois plus léger, ses caractéristiques mécaniques sont également encensées. Le physicien et futurologue américain Michio Kaku sans doute un peu impatient y voit même une solution pour d’hyper-structures telles que l’ascenseur spatial.
Pouvant être mis à profit pour la réalisation de supercondensateurs, le graphène pourrait également donner naissance à une génération de batteries combinant à la fois une recharge extrêmement rapide et une capacité de stockage élevée ; caractéristiques qui n’existent aujourd’hui que séparément. Imaginez qu’il ne vous faille qu’une ou deux minutes pour recharger votre téléphone portable ou votre voiture électrique!

S’il on passe outre la question des possibles impacts environnementaux et sanitaires qu’on est en droit de se poser, la cerise sur ce beau gâteau, est que le graphène est composé exclusivement d’atomes de carbone abondants sur Terre. Composants électroniques, écrans, batteries, structures… de quoi faire un ordinateur 100% carbone ! Nous ne sommes pas loin du super matériau ; Adamantium et autre Naquadah peuvent aller se rhabiller !

Simulation d’une structure tridimensionnelle de carbone composée de piles en nanotubes de carbone dopés à l’azote et de feuilles de graphène : solidité et légèreté !

Simulation d’une structure tridimensionnelle de carbone composée de piles en nanotubes de carbone dopés à l’azote et de feuilles de graphène : solidité et légèreté !

De la paillasse à l’usine

Aujourd’hui, la course au graphène est bel et bien lancée. Les projets de recherche se multiplient tant dans le secteur public que privé. Le projet Graphen est depuis le 28 Janvier 2013 un des deux lauréats du programme européen FET Flagship destiné à booster la recherche et son transfert vers l’industrie dans les secteurs jugés prometteurs avec un dotation totale de 1 milliard d’euros sur 10 ans.

Les défis sont nombreux pour parvenir à concrétiser les espoirs que le matériau suscite. Par exemple, pour être semi-conducteur le graphène nécessite d’être travaillé. De même, ses vertus appliquées aux batteries à supercondensateur ne sont pas si immédiates qu’on pourrait le croire. Il faudra également parvenir à développer des procédés permettant d’en produire en quantités industrielles et réduire ainsi un coût de fabrication encore élevé.

Les futurs écrans souples tactiles en graphène ressembleront peut-être à cela.

Les futurs écrans souples tactiles en graphène ressembleront peut-être à cela.

Un industriel Chinois promet dans les années qui viennent une production annuelle de 300 tonnes. Il n’est pas le seul, on se lance dans l’aventure en Espagne (Graphenano) et aussi en France (Graphene Leader). L’Asie, avec Samsung notamment, est très mobilisée sur les applications et nous devrions voir arriver les premières d’entre elles d’ici à peine deux ans sous forme d’écrans tactiles et flexibles. En ce qui concerne les premières applications dans le domaine des puces électroniques ou les batteries super-condensateur à grande capacité de stockage, il faudra plutôt attendre une dizaine d’année.

Ainsi même s’il est étonnant de constater la rapidité avec laquelle ce composé est en train de passer du stade de la recherche à celui des applications techniques, ces applications se réservent pour le moment à des secteurs bien particuliers, et force est de constater qu’il faut à la recherche le temps d’apprivoiser la bête pour l’améliorer, signe que le graphène n’est pas un miracle fictif mais bel et bien un produit de la science. Qu’il est excitant de voir que nous pouvons encore réaliser de tels bonds technologiques !

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