Néo et le déterminisme

– Wake up, Neo…
– The Matrix has you…

– Knock, knock, Neo.
The Matrix, Andy et Lana Wackowski

Néo mange, respire et dort dans un monde virtuel mais il l’ignore. Développeur informatique le jour, cyber pirate la nuit, il mène une vie anonyme et sans intérêt. Le jour où le lapin blanc frappe à sa porte il n’hésite donc pas et suit ce signe qui le mènera vers son incroyable destin. Ce destin est porté par le personnage de Morpheus dont la foi inébranlable oriente Néo. Matrix, chef-d’œuvre du cinéma de science-fiction, présente un avenir noir pour l’humanité : la terre, aride et orageuse, appartient désormais aux machines. Celles-ci, devenues intelligentes, se sont émancipées et ont pris le pouvoir sur les hommes en enfermant leurs esprits et en réduisant leurs corps en unités de production bioénergétiques. Les ingrédients de la science-fiction et de la dystopie sont réunis, mais ce n’est pas le propos essentiel du film, car dans cet enfer technologique, Néo, être élu de l’humanité, suit des petits cailloux spirituels qui l’aideront à arpenter le chemin de sa destinée ; une quête pour lui-même et pour l’humanité…

Avez-vous dit spirituel ? Destinée ? Quête ? Dans ce film le cauchemar technologique côtoie la quête spirituelle et la foi. Face à l’ordre froid des machines c’est le destin de Néo qui se dresse. Mais que dirait la science de tout cela, elle pour qui le hasard est seul à la manœuvre. Ce que Néo peut voir en fermant les yeux a-t-il une chance d’être réalité ? Ou n’est-ce que pur fantasme et vieilles croyances ? Serions-nous condamnés par la science à vivre dans un monde sans signification ? Ou est-il possible aujourd’hui de cultiver un univers de croyances en acceptant la réalité des faits scientifiques ?

Ce que Néo peut voir - Néo et le Déterminisme

Ce que Néo peut voir… dans la matrice et dans le monde réel

L’opposition entre science et croyances nous est tout à fait familière puisque dans nos sociétés occidentales, l’emprise des religions sur la pensée et la vie de chacun n’a cessé de diminuer à mesure que la science s’est développée. Dieu a laissé place à celle-ci pour satisfaire notre besoin de rationaliser le monde. Et le futur, point de mire de la destinée, a perdu ce privilège d’être celui qui oriente le monde et décide des évènements du présent. Depuis les Lumières et le développement de la science moderne, le futur a laissé la place au passé. Nos actes, et toute chose se produisant par ailleurs, sont dépendants des évènements antérieurs, ils en sont la simple conséquence. Nous sommes prisonniers d’une mécanique implacable et subissons l’enchainement des causes et des effets sans véritable prise sur notre devenir, ni de véritable choix. Pour l’être humain, comme pour Néo, la fin est aussi inéluctable qu’auparavant, mais non pas cette fois car Dieu ou le destin seuls décident, mais car personne finalement ne décide. Dans ce monde comme dans l’ancien le libre arbitre n’existe pas.

Cette vision mécaniste du monde rejette toute forme de mystique et précipite l’Homme dans le néant. Tout évènement se produit parce qu’une chose passée l’y a amené. Les phénomènes sont mécaniques. Mais ce déterminisme mécaniste – où le passé gouverne -, n’est pas la seule forme de prédétermination que l’on puisse concevoir. Comme souligné plus haut, les idées de destin ou de Dieu régisseur sont aussi des formes de déterminisme. Tout est déjà joué mais pour une autre raison : un plan qui nous dirige vers un avenir déjà écrit. C’est la conception finaliste du déterminisme – où le futur gouverne.

En supprimant la possibilité d’un monde finaliste, la science a largement contribué à l’élimination de Dieu : plus de signes ni de coïncidences, tout est hasard et contingence. L’essor fulgurant qu’elle a connu il y a plus d’un siècle, lorsqu’elle prétendait alors pouvoir tout connaître, a permis d’assoir cette conception du monde dans l’inconscient collectif occidental. Entre autres disciplines de cette époque, et avant que la mécanique quantique n’apparaisse, la physique dite classique donnait une description purement mécaniste des phénomènes : en connaissant les conditions initiales d’un système physique il était théoriquement possible de prédire l’évolution exacte de ce système dans le temps. D’autres sciences ont aussi contribué à la suppression du finalisme. L’éclosion du concept d’évolution des espèces a été, au 19e siècle, un autre moteur de ce basculement : les espèces animales et l’homme en tête de file, n’étaient plus apparus parce qu’une force supérieure l’avait désiré, mais parce qu’une succession d’évènements évolutifs, soumis à une loi de sélection naturelle, avait progressivement conduit à leur formation. Les évènements ne sont plus soumis à la réalisation d’un objectif final caché, mais à la contingence des évènements passés. Une transition s’est opérée dans la pensée qui est passée d’un monde en partie finaliste et gouverné par Dieu, vers un monde purement mécaniste et gouverné par rien ; maintenant l’homme dans son impuissance.

Mais comme il est difficile pour beaucoup de ne pas voir autre chose que l’action du hasard dans l’ordre du monde et de leurs propres vies, le mysticisme ou simplement les croyances en des forces « transcendantes » perdurent néanmoins. Les sourciers, magnétiseurs et coupeurs de feu sont toujours demandés. Le besoin de croire existe toujours, la quête spirituelle aussi… toutefois, ces réalités humaines sont mises à part dans l’ordre social, le plus souvent reléguées au rang de superstitions sans réelle incidence sur la pensée commune. Celle-ci reste gouvernée par une posture qui, se voulant profondément rationnelle, reste fidèle aux grands principes issus de la science tel que le déterminisme mécaniste et en corollaire un certain rejet de l’existence de Dieu – et plus généralement de forces transcendantes. Or ces grands principes sont issus d’une science du 19e siècle qui a pourtant beaucoup évolué, que ce soit à propos de la conception du monde qu’elle érige ou de la modestie dont elle fait preuve dans sa capacité à dire le vrai. En l’occurrence, concernant la nature déterministe et mécaniste du monde, la science actuelle, à travers l’interprétation que l’on peut en faire, est bien moins catégorique qu’il y a cent ans.

Human-Brain-project

Images issues du Human Brain Project, projet de recherche européen visant à créer une simulation du cerveau humain d’ici à l’horizon 2023. © Human Brain Project

Depuis le 19e siècle, celle-ci a en effet exploré de nouveaux territoires et revu sa copie. La recherche affronte maintenant la complexité du monde et celle aussi de l’être humain. Les sciences cognitives et neurologiques par exemple fournissent une matière foisonnante à la réflexion. Les recherches menées dans ces domaines nous mettent face à l’évidence de la nature composite des fonctions cérébrales et cognitives, questionnant au passage la nature de l’esprit. Pour chaque fonction cognitive (langage, calcul, représentation spatiale, plaisir…) on associe une aire du cerveau, des circuits neuronaux ou des neurotransmetteurs. En ce sens, l’esprit humain – comme celui de l’Animal – semble n’être qu’une image miroir du corps physique qui le supporte, à savoir un ensemble d’éléments plus ou moins distincts fonctionnant de conserve et permettant l’incroyable : esprit et perception. Sans donner de réponse, seulement des éclairages, la science ouvre de nouvelles voies à la compréhension de la conscience, de la vie, et de leurs natures profondes. Soulignons à ce propos l’existence de nouvelles de science-fiction qui explorent ces questionnements dans une précision remarquable, avec des auteurs tels que Greg Egan3,4,5 ou Jean-Jacques Girardot6.

Design-Quantique - Onde-Corpuscule

Image extraite d’une vidéo représentant un phénomène quantique réalisée par Paul Morin (« Un objet quantique », projet « Design Quantique« ). L’objet quantique est représenté par un tétraèdre nuageux pour signifier qu’il occupe une certaine portion d’espaces qui n’est pas parfaitement déterminée (probabilité de présence). Dès lors que l’on cherche à le saisir (ce que fait le physicien lors d’une mesure), il adopte une position bien définie (c’est la petite boule rouge) parmi toutes celles possibles (le triangle nuageux).

La physique quantique, plus ancienne, est un autre exemple de cette « nouvelle donne scientifique ». Cette branche de la physique qui décrit la mécanique de la matière microscopique a ouvert, au début du 20e siècle, un champ de vision plus large pour comprendre la nature. Elle nous enseigne que l’on ne peut connaitre absolument un système physique : par exemple, il est intrinsèquement impossible de connaitre à la fois la position d’un objet microscopique et sa vitesse de manière exacte. Par ailleurs, dans cette description, un système isolé se trouve simultanément dans plusieurs états (ou configurations), et seule la mesure, c’est-à-dire l’acte expérimental du scientifique qui interroge le système (pour connaitre sa vitesse, ou bien sa position…), fait tomber le système dans l’une ou l’autre des configurations. Tout ce que le physicien peut prédire c’est la probabilité que le système adopte telle ou telle configuration, sans jamais savoir à l’avance laquelle sera effectivement mesurée. On ne peut plus dire comme au 19e siècle : « en connaissant exactement les conditions initiales d’un système physique il est théoriquement possible de prédire l’évolution exacte de ce système dans le temps ». Un autre fait quantique appelé « intrication », est également intéressant : l’intrication est le fait que deux systèmes, par exemple deux photons, soient liés l’un à l’autre, même séparés par de très grandes distances ; agir sur l’un revient à agir sur l’autre sans qu’aucun signal ne transite de l’un vers l’autre. Dans le monde quantique, l’incertitude règne, et la vision déterministe solidement acquise avec le développement de la physique d’avant 20ème, en prend un coup. Tout du moins dans sa formulation la plus radicale, car si l’on ne peut prédire à tous les coups les évolutions d’un système, il est toutefois possible de connaitre avec une extrême précision les probabilités de leurs réalisations. Le déterminisme de la physique classique est donc aujourd’hui fortement nuancé et nous ne sommes plus condamnés, ni par un destin connu des seuls Dieux, ni par un passé domino préfigurant nos actions.

Alors si nous conservons le réflexe déterministe c’est probablement que celui-ci, dans l’inconscient collectif, reste fortement attaché à l’impératif de rationalité. La science, grâce à son efficacité, a imposé – à juste raison – le rationalisme comme la seule démarche valable vers la connaissance. Dans le même temps et à travers ses découvertes, cette même science a imposé la vision mécaniste du monde et éliminé au passage la possibilité d’une conception finaliste du monde – et la possibilité de l’intervention divine par la même occasion. Le déterminisme mécaniste a été profondément associé au rationalisme et nous restons bloqués dans cette vision : comme il faut être rationnel, nous ne pouvons croire ni en l’existence d’une intention sous-jacente aux évènements (une sorte de Dieu), ni en la possibilité d’exercer un libre arbitre. Il n’y a plus rien qu’un monde froid, sans vie, désenchanté par la science.

Or dans le monde microscopique quantique dont la science moderne nous donne la description c’est l’indéterminisme qui domine. Une cause engendre la possibilité de plusieurs conséquences. Plusieurs scénarios sont possibles, avec chacun une probabilité de réalisation. Rien n’est alors plus déterminé à l’avance. Ni déterminé tout court. Un choix s’opère à un moment donné parmi l’ensemble des possibles. La question qui reste en suspens est : « Qui décide ? ». Soit on peut considérer que le choix est opéré par pur hasard, ce qui correspond au formalisme mathématique brut de la mécanique quantique – qui repose sur des mathématiques de probabilités. Soit on peut considérer que quelque chose opère un choix. Sur cette possibilité, la science ne peut rien dire, si ce n’est que c’est une possibilité en laquelle nous pouvons croire si cela nous (en)chante.

Les conceptions déterministes du monde sont aujourd’hui bel et bien fragilisées ; qu’il s’agisse du finalisme divin ou du mécanisme de la physique classique. Le premier avec son plan caché nous maintenait prisonnier de ses desseins, le second nous enchaînait à la contingence des évènements passés. La possibilité du libre arbitre trouve alors un terrain favorable, sans pour autant que la mécanique quantique ne tranche la question de la prééminence du Divin ou du hasard pur. Elle semble nous dire : « Quelle que soit l’entité qui est à la manœuvre (hasard, Dieu ou force…), beaucoup de choix sont possibles, certains plus probables que d’autres… mais rien n’est absolument écrit à l’avance ».

Le déterminisme se trouvant ainsi éliminé dans son acception la plus stricte, d’autres notions plus ou moins « enchanteresses » trouvent alors une place :
– l’intervention divine – ou de forces « non-physiques » -, qui redevient possible alors qu’elle avait été éliminée en même temps que le finalisme. D’aucuns diront à juste titre que cette vision n’est pas très réjouissante pour la liberté humaine,
– le libre arbitre, qui remet l’Homme et les choses en position d’acteurs de leur devenir,
– le mélange des 2, qui est tout aussi concevable, comme une discussion permanente entre la chose en devenir et Dieu ou le monde,
– le hasard pur et intrinsèque à toute chose (personne ne décide), qui maintient un monde toujours froid et désenchanté…

Dans Matrix, le parti pris des frères Wakowski, semble être le troisième… Connecté au monde – qu’il peut voir par l’esprit – Néo comprend que Morphéus a tort : il n’y a pas de destin, pas au sens fort ; et s’il est lui-même un élu, ce n’est pas pour réaliser une prophétie (détruire les machines), mais pour opérer un choix ; choix qui sera de rétablir la paix entre les hommes et les machines.

Ainsi avec cette exemple de la mécanique quantique, nous devons bien constater que la science ré-enchante le monde, ou plus précisément nous ouvre cette possibilité. Nous parlions plus haut des sciences cognitives et neurosciences. On pourrait juger qu’à l’opposé, elles poursuivent le travail de désenchantement en réduisant l’esprit et la conscience à une mécanique que l’on peut modéliser. Mais c’est sans compter que le cerveau, support physique de l’esprit, est une construction biologique dont les fragments de base se situent à un niveau moléculaire où la physique quantique a toujours un petit mot à dire. Si nous revoyons nos conceptions sur l’esprit et la conscience, nous devons le faire sans ignorer tous les tenants et aboutissants qui sont à portée de notre connaissance. Y compris la nature quantique des constituants fondamentaux de la matière. En ce sens donc les neurosciences, peuvent-elles aussi contribuer à ré-enchanter le monde et la place du « vivant » dans celui-ci.

Malgré tout cela, la crainte de l’irrationnel continue d’entraver notre liberté et bâillonne toutes formes de croyances. Croyances qui pourraient par exemple faire intervenir des notions telles que la transmission instantanée d’informations, l’idée de « destinée », ou bien la présence de vie dans toute chose (portée par les traditions chinoises et japonaises avec le Chi – souffle vitale). En effet, si l’intrication quantique des objets microscopiques est un fait réellement constaté par la science ; si ces mêmes objets interagissent et se meuvent en suivant une probabilité de réalisation ; si ma pensée est une somme de fonctions cognitives et biologiques… Alors, d’où émerge mon esprit ? Et quid de l’âme ? Pourquoi ne pourrais-je pas concevoir la possibilité d’une transmission télépathique ? Ou penser chaque chose comme un véhicule du Chi ?..

Pour ne pas trahir, ni l’impératif de rationalité, ni la quête de sens, la société a opté pour une séparation idéologique et factuelle entre science et croyances. Chacune exerce son pouvoir indépendamment de l’autre, sans communication entre les deux. Comme Néo, nous avons 2 vies, la journée nous sommes techno-rationnels et le soir mystico-spirituels ; sans jamais pouvoir concilier ces 2 modes. Il est évident que la science n’a pas à se préoccuper des préceptes des religions, puisque par essence elle s’en tient aux faits expérimentaux. Mais les religions et les croyances doivent pouvoir trouver, avec raison, une inspiration dans ce que la science nous enseigne de la nature ? D’autant plus à une époque où cette dernière rouvre des possibilités qu’elle avait autrefois fermées. Ne faut-il pas accepter les faits scientifiques tout en osant interpréter la part d’inconnu qu’ils nous laissent ? Dans le passé, croyances et connaissances étaient souvent mêlées dans une conception du monde « vraiment » rationalisée, dans le sens de « rendu raisonnable pour l’esprit humain ». Si la terre des Grecs et autres cultures antiques se trouvait au centre du monde, c’est à la fois par le constat de l’époque que le soleil tournait autour d’elle – c’était la science de l’époque – et parce qu’on lui attribuait une place toute particulière dans l’ordre du monde spirituel. La terre était le centre du monde physique et le centre du monde spirituel. Il y avait des tentatives d’unir les croyances et les savoirs dans un tout cohérent aux yeux de l’Homme. 2000 ans plus tard, les croyances et les religions établies ne se sont pas réellement adaptées au bouleversement des connaissances apportées par la science. Elles sont restées globalement assez figées dans leurs dogmes et leurs mythologies, sans avoir su les revoir ou les ré-exprimer dans des termes en accord avec la nouvelle description de la nature.

Ce n’est peut-être pas que Dieu est mort, mais que la société a oublié comment créer ses croyances sur l’univers… et un univers de croyances. André Malraux avait dit « Le troisième millénaire sera spirituel ou ne sera pas »… on attend de voir ce qu’il en sera, et pendant ce temps Néo suit son destin, les évangélistes se croient nés de la cuisse de Jupiter et moi, je n’ose pas croire…

Écrit par : Anthony Teston


Littérature :
1 Bernard d’Espagnat, Candide et le physicien, éditions Fayard, avril 2008. Ouvrage grand-public destiné à expliciter les conséquences conceptuelles de la mécanique quantique.
2 Erwin Schrödinger, La nature et les Grecs. (1992. Seuil)
3 Greg Egan, Océanique, recueil de nouvelles, Le Bélial’ et quarante-Deux, 2009. Voir les nouvelles Mortelle Ritournelle et Poussière.
4 Greg Egan, Radieux, recueil de nouvelles, Le Bélial’ et quarante-Deux, 2007. Voir les nouvelles Rêve de transition et Des raisons d’être heureux.
5 Greg Egan, Axiomatique, recueil de nouvelles, Le Bélial’ et quarante-Deux, 2006. Voir les nouvelles Axiomatique, Le coffre-fort, En apprenant à être moi et Plus près de toi.
6 Jean-Jacques Girardot, Dédales virtuels, Imaginaires sans frontières, 2002 (n’est plus édité).
7 Article wikipédia, Finalisme, définition, conception philosophique du finalisme et histoire, finalisme et science.
8 Articles wikipédia, Théorie de l’évolution, Transformisme. Contexte et émergence de la théorie de l’évolution.
9 Articles wikipédia, Omphalos, concernant le centre du monde dans la Grèce antique.

Articles connexes :
6 Futura-Science, SEON Martial, La causalité classique remise en question par la physique quantique, Dossier, 03/07/2001